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Curtiss H-75 au Lafayette

L'opération Torch

 

Arrivé à 2.400 m. au-dessus de la Méditerranée, le Lieutenant Mauri rétablit son Bloch 175 et mit le cap à l'Ouest, à la recherche du convoi « allié » qui, selon les derniers rensei­gnements, venait de franchir le Détroit de Gibraltar. L'appareil, qui appartenait au Groupe de Reconnaissance GR 11/52 de l'Armée de l'Air de Vichy, basé à Oran, en Algérie, avait pour mission de déterminer, si possible, la destination des navires Malte, la Libye, ou peut-être même l'Afrique du Nord Française. Le soleil d'hiver commençait à descendre quand, tout à coup, ils étaient là... six, huit, dix, d'autres encore, beaucoup d'autres, entourés d'une escorte de destroyers et de croiseurs, et il y avait même des porte-avions... Oui, il y en avait un gros, comme celui qui était passé trois mois plus tôt, et avait rallié, malgré toutes les attaques, l'île de Malte assiégée. La destination était-elle la même cette fois encore ? Soudain, de derrière, retentit un crépitement de mitrailleuses. Des chasseurs ! L'appareil français était attaqué !

A bord du porte-avions HMS « Formidable », attaché à la « Force H » qui faisait route à l'Est, on avait repéré l'intrus sur les écrans radar et deux Grumman «Martlet 2» du Squadron 888 avaient pris l'air, menés par le Lt. D.M. Jeram, vétéran de la Bataille d'Angleterre. Soudain, à 1.400 m., les chasseurs aper­çurent le Français et le prirent en chasse. Jeram s'approcha à 200 m., visa et lécha trois longues rafales ; de la fumée jaillit du moteur droit du Bloch (identifié par erreur comme un Potez 63, avion assez semblable d'aspect) qui ralentit un instant avant de s'abîmer en mer, la queue rayée de jaune et de rouge se brisant à l'impact. C'était le 6 novembre 1942, au large de la côte algérienne, à hauteur du Cap Kramis. Les premiers coups de feu d'une nouvelle campagne venaient d'être tirés.

I. LES PRÉPARATIFS DE L'OPÉRATION «TORCH»

Au cours de l'été 1942, de longues consultations eurent lieu entre la Grande Bretagne et son nouvel allié, les Etats-Unis, pour décider où serait déclenchée la première action commune en vue de réduire la pression exercée sur l'Union Soviétique, troisième membre principal da l'alliance, qui vacillait sous les coups de boutoir de l'offensive allemande d'été. Depuis l'entrée en guerre de l'Amérique, tous les efforts avaient tendu à arrêter l'avance foudroyante des Japonais à travers le Pacifique Sud, et à contenir la poussée de Rommel vers l'Egypte. Ces objectifs avaient été atteints, et à présent il était temps de passer à l'offensive. Au début, les Américains étaient d'avis de débarquer immédiatement en Europe du Nord-Ouest, mais après bien des discussions, le Premier Ministre Winston Churchill réussit à convaincre le Président Franklin D. Roosevelt qu'une telle opération ne pourrait être entreprise, faute de moyens, avant 1943 au plus tôt.

On envisagea alors une invasion de l'Afrique du Nord Française, afin de chasser complètement les Allemands des rivages méridionaux de la Méditerranée, qui deviendraient alors le tremplin d'où partirait l'offensive contre l'Italie, le Sud de la France, ou les Balkans, le fameux « ventre mou » de l'Europe. A l'origine, il était question de débarquer à Casablanca, sur la côte atlantique du Maroc français, mais les britanniques firent ressortir la distance considérable qu'il faudrait franchir, sans parler d'une résistance possible des Français, avant de réaliser la jonction avec la 8ème Armée venue d'Egypte, et ce délai serait mis à profit par les puissances de l'Axe pour déverser troupes et matériel en Tunisie et en Algérie et empêcher cette jonction. Il était évident qu'il fallait également débarquer sur la côte méditerranéenne, et l'Etat-Major britannique penchait même pour les ports de Bizerte et Tunis. Mais la longueur et la vulnérabilité des voies maritimes exigées par le ravitaillement d'une telle tête de pont suscitèrent les appréhensions de la Marine, et finalement on en vint à un compromis, selon lequel les débarquements auraient lieu à Casablanca, Oran et Alger, et une fois là on saisirait toutes les occasions qui se présenteraient pour accélerer la progression vers l'Est.

Les relations entre la Grande-Bretagne et le gouvernement de Vichy étaient déjà tendues, depuis l'attaque de la flotte française par la Royal Navy en 1940 et les affrontements qui avaient fait passer la Syrie et Madagascar sous le contrôle des forces britanniques se heurterait à une résistance déterminée. Les Américains estimaient qu'il y avait plus de chances pour que les Français acceptent un débarquement de leurs troupes, aussi l'opération, qui avait été baptisée « Torch », devait-elle être à prédominance américaine, du moins au début, et le commandement suprême confié à un Américain, le Général Dwight Eisenhower.

Soucieuses d'éviter un affrontement avec les Français, les autorités américaines ne ménagèrent pas leurs efforts pour contacter les éléments favorables de l'Armée de Vichy en Afrique du Nord et ramener le Général Giraud de la « Zone Libre » afin qu'il prenne la situation locale en main après les débarquements. Malheureusement la coordination fut médiocre, et le secret si bien gardé que les sympathisants français ne purent connaître la date de l'opération, ni donc organiser « l'accueil » de façon suffisamment efficace ; en somme les résultats obtenus furent peu en rapport avec l'énergie déployée dans cette affaire.

Les débarquements devaient être effectués par trois corps expéditionnaires distincts, soit :
a) celui de Casablanca, entièrement américain et escorté par l'U.S. Navy, devait venir directement des Etats-Unis. Cette « Task Force » Occidentale était commandée par le Major-Général Patton, et ses éléments aériens étaient constitués par le Xlle Air Support Command, sous les ordres du Brigadier-Général Joseph Cannon. Cette unité relevait de la 12e Air Force, nouvellement créée pour les opérations d'Afrique du Nord.
b) celui d'Oran, où « Task Force» Centrale, commandé par le Major Général Fredendall, était à majorité américaine, avec des éléments britanniques et devait venir d'Angleterre à vitesse réduite. Le support aérien était fourni par le gros de la 12e Air Force, sous les ordres du Brigadier Général J. Doolittle, célèbre depuis qu'il avait conduit le premier raid américain contre l'archipel japonais.
c)l  celui d'Alger, ou « Task Force» Orientale, commandé par le Major Général Ryder, de l'Armée Britannique, était à Majorité britannique, mais avec un petit contingent américain, toujours pour se concilier les Français. Il devait arriver d'Angleterre par convoi rapide. L'appui aérien devait être fourni par l'Eastern Air Command, formation de la R.A.F. commandée par l'Air Marshal Sir William Welsh. La protection navale de ces deux dernières « Task Forces » devait être assurée par la Royal Navy.

II. LES FORCES AÉRIENNES ALLIÉES

Ce ne fut pas une mince affaire que de trouver les unités aériennes nécessaires à cette opération. La 8e Air Force américaine, qui devait préparer une offensive de bombardement diurne de plus en plus intense contre l'Europe Occidentale occupée par les Allemands, commençait à peine à se former en Grande-Bretagne. Non seulement n'y avait-il pas aux Etats-Unis suffisamment d'unités disponibles que l'on aurait pu diriger vers l'Afrique du Nord au lieu de l'Angleterre, mais il devint évident que pour réunir en temps voulu les forces nécessaires à la réussite des débarquements prévus pour novembre 1942, il faudrait retirer des unités de Grande-Bretagne et les envoyer sur ce nouveau tréâtre d'opérations.

La R.A.F. devait pour sa part assurer presque seule la protection des ports de ravitaillement, la couverture des éléments avancés et la coopération tactique, mais le bombardement stratégique était presque exclusivement confié à l'U.S.A.A.F. A l'origine il était prévu d'envoyer avec les convois onze Squadrons de la R.A.F., soit sept équipés de Spitfire 5, trois de chasseurs-bombardiers Hurricane 2 et un Spitfire de reconnaissance-photo ; ces unités seraient renforcées dès que possible par quatre Squadrons de bombardiers légers Bristol Blenheim 5 (« Bisley ») et deux de chasseurs de nuit Bristol Beaufighter, qui rejoindraient directement. Ces forces se regroupaient en trois Wings : le Wing 322, qui devait être commandé par le Group Captain C. Appleton, et mené par le Wing Commander P. H. « Dutch » Hugo, DSO, DFC avec Barre, remarquable pilote sud-africain avec plus de dix victoires à son actif. Ce Wing était formé, à l'origine, par trois Squadrons de Spitfire 5, le 81 commandé par le Squadron Leader Ronald « Razz » Berry, DFC, le 154, commandé par le Qdn. Ldr. D. C. Carlson, DFC, et le 242, commandé par le Sqn. Ldr. D. Secretan. Le 81 avait été reconstitué au début de 1942 après avoir opéré en Russie sur Hurricane pendant l'été 1941 au sein du Wing 151. Le 242 avait été entièrement reconstitué à l'été 1942, après avoir été anéanti, également sur Hurricane, aux Indes Néerlandaises au début de l'année. Le 154 était une unité plus récente, dont la formation remontait seulement à novembre 1941. Les Squadrons 81 et 154 avaient tous deux pris part au raid sur Dieppe le 19 août 1942, mais les trois unités ne comptaient qu'un tout petit nombre de pilotes réellement expérimentés.

Le Wing 324 était commandé par le Gp. Capt. R. B. « Ronnie » Lees, DFC avec Barre, et son Wing Leader était le Wg. Cdr. D.A.P. McMullen, DFC, deux Barres, pilote remarquable qui avait déjà près de vingt victoires à son palmarès. Cette formation devait initialement comporter cinq Squadrons, quatre de Spitfire 5 et un de Hurricane 2C. Trois des Squadrons de Spitfire étaient des vétérans de la Bataille d'Angleterre où ils s'étaient distingués : le 72 était commandé par le Sqn. Ldr. R. W. s Bobbie » Oxspring, DFC avec Barre, fils d'un «as» de la Première Guerre Mondiale ; le 111 par le Sqn. Ldr. A. C. « Tony» Bartley, DFC, et le 152 par le Sqn. Ldr. J.E.J. Sing, DFC, tous trois ayant fait leurs preuves durant la Bataille d'Angleterre. Mais comme dans les autres Squadrons, la plupart des pilotes de la période 1940-1941 étaient partis depuis longtemps, et la majorité du personnel était relativement inexpérimentée. Le quatrièmeSquadron de Spitfire, le 93, était de formation récente, et son commandant était le Sqn. Ldr. G. H. Nelson-Edwards ; l'un des chefs de « Flight », le FI. Lt. Alan H. Smith, DFC, un jeune Néo-zélandais, avait été « ailier » du célèbre pilote sans jambes Douglas Bader, alors Wing Leader, jusqu'à la mise hors de combat de ce dernier, et il avait un certain nombre de victoires à son actif. Le Squadron 225, équipé de Hurricane, était de formation récente également, et n'avait encore jamais été enga­gé ; il devait co-opérer avec les forces terrestres, assurant des missions de reconnaissance et d'appui-tactique.

Le Wing 323, commandé par le Gp. Capt. Edwardes­Jones, et mené par le Wg. Cdr. M.G.F. Pedley, DFC, devait sur­tout assurer un rôle défensif au-dessus des bases et des convois maritimes. Il se composait de deux Squadrons de Hurricane 2C, le 43, commandé par le Sqn. Ldr. M. Rook, le « géant » de la R.A.F., qui parvenait tout juste à introduire son immense carcasse et ses bottes pointure 48 (I) dans l'habitacle d'un Hurri­cane, et le 253, commandé par le Sqn. Ldr. L. H. T. Bartlett. Ces deux unités avaient également participé à la Bataille d'Angleterre, mais n'étaient guère mieux loties que les autres pour ce qui était de l'expérience moyenne de leurs pilotes. Enfin le 4 PRU. unité de reconnaissance-photo équipée de Spitfire 4 non armés et commandée par le Sqn. Ldr. A. H. W. Ball, DFC, pilote de valeur, devait rejoindre ces éléments à Alger à la première occasion.

Les quatre Squadrons de «Bisley », le 13, le 18, le 114 e: le 614, qui venaient du 2e Groupe de Bombardement (Bombe-Command) devaient constituer le Wing 326, tandis que les Squadrons de « Beaufighter » qui devaient les suivre étaient le 255, commandée par le Wg. Cdr. D. P. D. G. Kelly, et le 602 commandé par le Wg. Cdr. Watson ; ils étaient équipés de a version Mark 6F de cet appareil.

Ces forces britanniques devaient être épaulés par deux « Groups » de chasse américains, également équipés de Spitfire E cédés par la Grande-Bretagne au titre d'un « Prêt-Bail » inversa C'étaient le 31st Fighter Group, commandé par le Col. Joh.- R. Hawkins et le 52th Fighter Group, commandé par le Cc Dixon M. Allison. Le premier se composait des 307th, 308th e: 309th Fighter Squadrons, respectivement commandés par les Majors George J. La Brèche, Delwin B. Avery et Harrison Thyng, et il devait accompagner la R.A.F. dans le secteur d'Alger où l'on s'attendait à la plus forte activité. Le second, qui se composait des 2nd, 4th et 5th Fighter Squadrons, devait affecté au secteur d'Qran. Ces deux Groups venaient de Grande-Bretagne, mais seul le 31st avait été engagé en opérations ; si: divers Squadrons avaient d'abord été intégrés à la R.A.F. avant d'opérer «à part entière » au-dessus de Dieppe, où les premières victoires avaient été remportées. Avant d'arriver en Angleterre ce Group avait volé sur Bell P-39 Airacobra, mais avait été tzde de Spitfire lorsque ses P-39 n'avaient pu être acheminés en temps voulu. Le 52nd, quant à lui, avait utilisé ses P-39 en  opérations mais avait été rapidement renvoyé à l'arrière pour être ré-équipé avec des Spitfire, à la suite des pertes sévères subies face aux Fw190 de la Luftwaffe.

Un Squadron de bombardiers légers américains était également affecté au secteur d'Oran, et, comme les éléments de la R.A.F. équipés de Bisley, devait rallier à le première occasion ; équipé de Douglas DB-7, ce 15th Bombardement Squadron (Light) avait été la première unité de l'U.S.A.A.F. à effectuer une mission de combat sur le Théâtre d'Opérations Européen.

Le corps expéditionnaire «Casablanca» devait être accompagné par le 33rd Fighter Group, équipé de P-40 F Warhawk; il était commandé par le Col. William W. Momyer, et formé des 58th, 59th et 60th Fighter Squadrons, non encore engagée en opérations. Deux « Groups » de chasseurs P-38 Lightning deux «Groups» de bombardiers lourds B-17 F « Flying Fortress devaient rallier, à partir de l'Angleterre, les bases qui deviendraient disponibles, et des « Groups » de bombardiers moyens suivraient à mesure qu'ils seraient prêts. Les « Groups de P38 et de B-17 avaient effectué un nombre limité de missions au-dessus de la France et des Pays-Bas et on y trouvait la première formation de chasseurs de l'U.S.A.A.F. à avoir opéré
en Europe, le 1st Fighter Group, formé des 27th. 71st etc 94th Fighter Squadrons, et commandé par le Col. John N. L'autre formation de chasse était le 14th Fighter Group sous les ordres du Col. Thayer S. Olds, qui ne comprenait que deux Squadrons, le 48th et le 49th, son troisième, le 50th était resté en Islande au cours de la traversée de l'Atlantique en juillet et ne devait pas rejoindre le Group avant plusieurs mois. Les formations de bombardement étaient représentées par les 97th et 301st Bombardment Group (Heavy). Le 60th Troop Carrier Group - transport de troupes équipé de Douglas C-47, devait rallier l'Afrique dès le premier jour, amenant des parachutistes d'Angleterre ; deux autres Groups de ces appareils étaient mis en état d'alerte, et devaient suivre à brève échéance.

La protection des convois en provenance de Grande-Bretagne serait assurée par les appareils du Coastral Command basés dans le Sud-Ouest de l'Angleterre et à Gibraltar et par ceux des porte-avions. Quant à la couverture aérienne pendant les débarquements eux-mêmes et la période qui suivrait immédiatement, jusqu'à l'entrée en action de la R.A.F. et de l'U.S.A.A.F., ce serait l'affaire exclusive des unités aéronavales de la Royal Navy et de l'U.S. Navy.

Ces plans posaient de sérieux problèmes à la Royal Navy, car la Fleet Air Arm se trouvait en pleine période de modernisation et d'expansion, tandis que deux des porte-avions disponibles, avec plusieurs des Squadrons les mieux entraînés, se trouvaient dans l'Océan Indien, pour le cas où les Japonais lanceraient une nouvelle attaque contre Ceylan. Protéger deux convois d'une telle importance et couvrir deux débarquements simultanés allait manifestement exiger la présence de tous les porte-avions et chasseurs disponibles. Quatre seulement des Squadrons qui pouvaient être affectés à cette entreprise, les 800, 802, 883 et 888, pouvaient vraiment être considérés comme opérationnels. Le premier avait été fort actif lors de l'opération «Pédestal», le fameux convoi vers Malte d'août 1942, mais, sous les ordres du Lt. Cdr. J. M. Bruen, il était toujours équipé de Hawker Sea Hurricane, appareil qui commençait à dater. Le 802 et le 883 volaient aussi sur Sea Hurricane et avaient récemment escorté un des convois artiques vers la Russie, à bord du HMS « Avenger ». Le 888, équipé de Grumman Martlet 2 de fabrication américaine, n'avait qu'à peine sa dotation normale, et bien qu'opérationnel depuis plusieurs mois, n'avait jamais été engagé en combat.

Quant aux autres unités de la Fleet Air Arm, cinq Squadrons avaient reçu les premiers Supermarine Seafire ; le 807 avait été ré-équipé en juillet 1942, mais les 801, 880, 884 et 885 n'avaient touché leur nouveau matériel qu'en septembre. Le 801 avait des Seafire 1 B, les autres des Mark 2 C, correspondant au Spitfire 5 C de la R.A.F. Les Squadrons 882 et 893 avaient été formés en septembre avec des Martlet 4, tandis que les 804 et 891 étaient plus mal partagés, ayant reçu des Sea Hurricane à la mi-Octobre ! Enfin, il y avait le 809 qui avait récemment touché des Fairey Fulmar 2P, mais destiné à des missions de coopération avec l'Armée et de reconnaissance tactique, on ne pouvait le considérer comme une unité de chasse. Un certain nombre de Squadrons de torpillage-bombardement-reconnaissance devrait également accompagner les forces d'invasion, équipés de Fairey Albacore, biplans qui n'étaient certes pas à la pointe du progrès I

Les unités embarquées de l'US. Navy étaient relativement mieux loties, car tous les Fighter Squadrons étaient équipés de Grumman F4F-4 VVildcat, pratiquement identique au Martlet 4, tandis que les Squadrons de bombardement alignaient l'excellent bombardier en piqué Douglas SBD Dauntless et le bombardier-torpilleur Grumman TBF Avenger.

Les deux unités d'élite de la chasse embarquée, le VF-9 « Blue Squadron » et le VF-41 « Red Rippers» étaient à bord de l'U.S.S. « Ranger » en même temps que les SBD du VS-41 « High Hat ». Les deux Squadrons de chasseurs étaient respectivement commandés par le Lt. Cdr. John Raby et le Lt. Cdr. C. T. Booth. Les porte-avions plus petits qui devaient escorter le corps expéditionnaire « Casablanca » rassemblaient les Squa­drons VGF 26, 27, 28 et 29 équipés de F4F-4 et les VGS 26, 27 et 29 équipés de SBD et de TBF.

L'armada se rassembla enfin dans les différents ports d'embarquement et prit la mer au début de novembre, pour une destination qui était toujours un secret bien gardé. D'Angle­terre partit la Force « H », ou Task Force Orientale, appuyant le convoi à destination d'Alger ; elle se composait de deux porte-avions d'escadre (Victorious et Formidable), d'un porte-avions d'escorte (Avenger) et du vieux porte-avions-école HMS «Argus». La répétition des Squadrons était la suivante :

HMS Victorious
809 Squadron 6 Fulmar 2P
882 Squadron 18 Martlet 4
884 Squadron 6 Seaf ire 2B
817 Squadron 8 Albacore
832 Squadron 8 Albacore

HMS Formidable
885 Squadron 6 Seaf ire 2B
888 Squadron 6 Martlet 2 et 6 Martlet 4
893 Squadron 12 Martlet 4
820 Squadron 12 Albacore

HMS Avenger
802 Squadron 6 Sea Hurricane 2
883 Squadron 6 Sea Hurricane 2

HMS Argus
880 Squadron 18 Seaf ire 2B

La force «O» qui accompagnait le corps expéditionnaire d'Oran comprenait un porte-avions d'escadre (Furious) et deux porte‑ avions d'escorte (Dasher et Biter) avec les attributions suivantes :

HMS Furious
801 Squadron 12 Seafire 1C
807 Squadron 12 Seaf ire 2B
822 Squadron 8 Albacore

HMS Dasher
804 Squadron 6 Sea Hurricane 2
891 Squadron 6 Sea Hurricane 2

HMS Biter
800 Squadron 15 Sea Hurricane 2

Pour entretenir l'illusion que les débarquements étaient une entreprise exclusivement américaine, les cocardes des avions de la Royal Navy furent recouvertes par l'étoile blanche U.S. pendant la durée du débarquement.
Le corps expéditionnaire « Casablanca » qui venait directement des Etats-Unis était escorté par un porte-avions d'escadre (Ranger) et trois porte-avions d'escorte. L'U.S.S. Chenango était aussi du convoi, transportant les P-40F du 33rd Fighter Group. La répartition des unités embarquées était la suivante :

USS Ranger
VF9 et VF41 54 F4F-4 Wildcat
VS41 18 SBD-3 Dauntless 1 TBF Avenger

USS Sangamon
VGF-26 12 F4F-4 Wildcat
VGS-26 9 SBD-3 Dauntless 9 TBF-1 Avenger

USS Santee
VGF-29 14 F4F-4 Wildcat
VGS-29 9 SBD-3 Dauntless

USS Swanee
VGF-27 11 F4F-4 Wildcat
VGF-28 12 F4F-4 Wildcat
VGS-27 9 TBF-1 Avenger
VGS-30 6 F4F-4 Wildcat

Le « Santee » était affecté au détachement le plus méridional du convoi pour fournir des « patrouilles de combat » (Combat Air Patrols) et des patrouilles anti-sous-marines. C'était un ex-pétrolier récemment transformé, au personnel très inexpérimenté, et dont neuf seulement des équipages «air » avaient dépassé dix jours d'opérations à la date du 8 novembre.

Le secret avait été très bien gardé, et la chance voulut que les sous-marins allemands se trouvent en majorité dans l'Atlantique Sud. En conséquence, à part quelques tentatives de bombardements de nuit repoussées par la D.C.A., la traversée s'effectua sans encombre, ce qui dépassa vraiment toutes les espérances. En fait, les mesures de sécurité furent si efficaces que les forces de l'Axe ignorèrent jusqu'aux débarquements proprement dits la destination exacte des convois, supposant qu'ils se dirigeaient vers Malte, ou encore qu'ils allaient tenter un débarquement en Cyrenaïque sur les arrières de Rommel.

Les navires venus de Grande-Bretagne commencèrent à franchir le détroit de Gibraltar pendant la journée du 6 novembre et trois cargos se détachèrent du convoi pour faire escale à Gibraltar même ; à leur bord se trouvaient les pilotes des Squadrons 43, 72, 81, 93, 111, 152, 154, 225, 242 et 253 ainsi que du 4P.R.U. de la R.A.F. et ceux des 31st et 52nd Fighter Groups de l'U.S.A.A.F. Des Spitfire et des Hurricane en caisses avaient déjà été débarqués sur le « Rocher » et tous les mécaniciens de la R.A.F. disponibles, ainsi que des hommes du R.E.M.E. (Royal Electrical and Mechanical Engineers) procé­deraient à leur remontage aussi rapidement que possible.

III. LES FORCES AÉRIENNES FRANÇAISES

Les éléments de l'Armée de l'Air de Vichy qui se trou­vaient à cette époque en A.F.N. représentaient un certain poten­tiel, mais on ignorait de quelle façon ils allaient réagir. Au Maroc, les unités de l'Armée de l'Air et de l'Aéronavale étaient les suivantes :

à Marrakech
GB 1/23 13 LeO 451
GR 1/52 13 Potez 63.11

à Meknès
GB II/23 13 LeO 451, Cdt Venot

à Camp Cazes
GB 1/32 13 Douglas DB-7
GT 11/15 17 Potez 540, 3 Potez 650, Cdt Rochard

à Agadir
GB II/32 13 Douglas DB-7
Esc. 2B 1 Martin 167F t  constituant un détachement de la
Esc. 3B 1 Martin 167F r  Flottille 3F de l'Aéronavale.
constituant un détachement de la 3F de l'Aéronavale

à Casablanca
GC II/5 20 Curtiss Hawk 75A, Cdt Tricaud, 16 Dewoitine 520

à Rabat-Salé
GC 1/5    26 Curtiss Hawk 75A, Cdt Murtin
GR 1/22      13 Le0 451
GT 1/15    18 Potez 29, 4 Farman 222.2, 1 Farman 223.3, 1 Farman 224
GT 111/15     Amiot 143 et LeQ 451.

à Port-Lyautey
Esc. 1 AC l 27 Dewoitine 520, constituant la Flottille 1F, Esc. 2 AC I L. V. Folliot.
Esc. 2 B 11 Martin 167F, constituant la Flottille 3F,
Esc. 3 B I L. V. Mathon

En Algérie, on trouvait :
à Oran-la-Sénia
GC 111/3     26 Dewoitine 520, Cdt Engler
GB 1/11     13 Le0 451, Cdt Plou
GR 11/52         9 Bloch 175, 2 Bloch 174.

à Alger-Maison-Blanche
GC 11/3        22 Dewoitine 520
GC 111/6      25 Dewoitine 520
Esc. 4 BR   6 Potez 63.11, L. V. Kerros

à Blida
GB 1/19    13 Douglas DB-7
GB II/61   13 Douglas DB-7, 2 Lep 451

à Sétif
GR 1/36    13 Potez 63.11

à Tafaraoui-Lartigue
Esc. 6 B l 13 LeO 451, constituant la Flottille 4F, C.C. Men­Esc. 7 B

à Arzew
Esc. 1T, et Esc 2T : 13 Latécoère 298, constituant la Flottille 5F, C.C. Baron

Enfin, en Tunisie on trouvait :
à Tunis-El-Aouina
GB 1/25     13 LeO 451
GB 11/25        13 Le0 451
GR 111/33    12 Bloch 174 et 175 et 1 Bloch 176.

à Sidi-Ahmed
GC 11/7        26 Dewoitine 520

à Karouba
Esc. 1 E      3 Breguet 521 Bizerte, L. V. Camard
3 Le0 257 Bis

Parmi les Groupes de chasse qui se trouvaient au Maroc, le GC II/5 commençait à recevoir des D-520 ; ce Groupe et le GC 1/5 étaient des unités particulièrement aguerries, car ils avaient été au nombre des plus efficaces pendant la Campagne de France en 1940, et comptaient encore dans leurs rangs de nombreux « vétérans » de cette période. Le GC II/5 était commandé par le Cdt Tricaud, pilote remarquable qui avait servi avec le GC 1/6 en 1940. Les «as» de ce Groupe étaient entre autres le Cne Robert Huvet et les Lts Ruchoux, Pierre Villaceque, André Legrand et Paul Abrioux. Au GC 1/5, sous les ordres du Cdt Murtin, on trouvait le Lt Emile Le Blanc, l'A. C. Georges Tesseraud et l'Adj. Marius Bressieux. La 1ère Escadrille de ce Groupe était menée par le Cne Edmond Marin La Meslée, qui avait terminé la Campagne de France vec le plus grand nombre de victoires.

Le GC 111/6, basé en Algérie, avait déjà affronté les Alliés en Syrie avec une... efficacité remarquable, et comptait parmi ses pilotes le Lt Pierre Le Gloan, un des plus brillants de la chasse française, avec onze victoires contre les Allemands et les Italiens et sept contre la R.A.F. et la Royal Navy.

Au GC 111/3 on retrouvait le Cdt Roger Duval, le Cne Georges Pissotte, les Lts Michel Madon et Georges Blanck et le S/Lt Georges Elmlinger. Signalons que le GC 1H/3 n'était en fait que le GC 1/3 débaptisé par la Commission d'Armistice à la suite de l'évasion de certains de ses pilotes pour rejoindre Gibraltar le 14 octobre 1941.

Au total, les unités de chasse alignaient donc environ 75 Dewoitine 520 en Algérie et 80 Curtiss Hawk et D-520 au Ma roc.

Depuis que l'on avait jeté les bases de l'opération, la situation avait changé radicalement à l'avantage des Alliés ; alors que sa réussite était plutôt aléatoire au moment de la chute de Tobrouk et au plus fort des attaques contre Malte, elle allait se dérouler à présent dans un contexte tout différent. La 8ème Armée de Montgomery avait contenu l'Afrika Korps de Rommel à El Alamein, livré là sa fameuse bataille et déjà les rescapés des forces de l'Axe refluaient à travers la Cyrénaïque vers leurs lignes de départ, à El Agheila, encore que la retraite se fit en assez bon ordre. A Malte, les défenseurs avaient subi un dernier assaut acharné au cours d'octobre mais, grâce aux renforts et au ravitaillement, ils avaient repoussé les attaques combinées de la Luftwaffe et de la Regia Aeronautica, aux­quelles ils avaient infligé les pertes les plus sévères de tout le siège. L'île devenait à présent un bastion avancé, prêt à passer à l'offensive et à apporter son concours aux débarquements imminents.

Pendant la journée du 7 novembre les convois se regrou­pèrent selon les plans tout en continuant leur marche régulière vers l'Est. Le 7 à minuit tout était prêt pour cette première opération combinée anglo-américaine, et une heure plus tard, le 8 à 1 h. du matin, les premières troupes étaient mises à terre. Par souci de clarté, chacun des débarquements sera traité séparé­ment jusqu'à son terme.

IV. ALGER, DIMANCHE 8 NOVEMBRE 1942

Au début, les débarquements dans la zone d'Alger se passèrent très bien, les troupes américaines et anglaises ne rencontrant aucune résistance au Cap Sidi Ferruch, à Cap Mati-fou et à Castiglione ; en effet les forces françaises stationnées sur la côte avaient reçu de leur chef, le Général Mast, l'ordre de ne pas résister. Il y eut bien un village et la batterie de Cap Matifou pour tenter de tenir, mais on se contenta de les contour­ner. Deux destroyers britanniques transportant des soldats américains essayèrent de pénétrer en force dans le port d'Alger mais, accueillis par un feu nourri qui endommagea l'un d'eux, ils durent se replier ; les éléments qu'ils avaient pu débarquer furent sérieusement pris à partie et, après avoir résisté jusqu'à midi, se rendirent.

Pour sa part, le gros des assaillants progressait sans perdre de temps et atteignait Maison-Blanche vers 06.00. Sur cette base les D-520 des GC 11/3 et 111/6, ainsi que les Potez 63.11 de l'Esc. 4 BR étaient prêts à décoller depuis quelque temps déjà, mais en avaient été empéchés par un épais brouillard. Les troupes américaines neutralisèrent immédiatement le personnel et les appareils de l'Aéronavale puis s'emparèrent du reste des instal­lations, obtenant le contrôle total de la base avant 09.00. Le brouillard sauva Maison Blanche d'une attaque aérienne, mais par la même occasion permit à la Fleet Air Arm d'éviter une confrontation sans merci, car on peut se demander ce qui serait arrivé si les pilotes aguerris des D-520 étaient « tombés » sur les «Bleus» de l'aviation embarquée anglaise I

Le premier accrochage aérien eut lieu à 06.16 lorsque deux Seafire du Squadron 885 décollèrent du « Formidable » pour intercepter le DB-7 no 12 du GB 1/19, piloté par le Cne Couillesu, commandant la 1ère Escadrille, qui avait pour mission de reconnaître les plages de débarquement.

Les chasseurs rejoignirent le bimoteur au-dessus du Golfe d'Alger et l'identifièrent par erreur comme un Martin 167F. Le premier chasseur manqua son attaque, le Sub/Lt A. S. Long tira à son tour, touchant en plein le fuselage qui prit feu. Immédiatement le bombardier vira sec et piqua vers sa base, distançant les Seafire qui ne purent vérifier son sort. En fait, l'appareil s'écrasa sur le rivage et il n'y eut pas de survivants -les Français crurent qu'il avait été abattu par la D.C.A.

Tous les porte-avions maintinrent une couverture de chasseurs au-dessus des plages de débarquement et des aérodro­mes pendant toute la matinée. Des patrouilles de quatre Martlet chacune, appartenant au Squadron 882 du «Victorious» se succédèrent au-dessus de l'aérodrome de Blida ; la première de ces patrouilles attaqua deux avions français, un DB-7 (no 50) du GB 11/61 et un Potez 540, détruisant le Potez et endomma­geant sérieusement le DB-7 alors que ce dernier commençait à rouler pour décoller. A 8h00, une autre patrouille vint le relever et une dem-heure plus tard les autorités de la base firent savoir par des signaux au sol qu'elles désiraient se rendre, le Lt B H C Nation atterit alors et prit possession du terrain au nom des Forces Alliées. D'autres Martlet patrouillèrent au-dessus de Maison. Blanche jusqu'à l'occupation de la base par les forces terrestres.

Tandis que ces événements se déroulaient, les premiers appareils de la R.A.F. décollaient de Gibraltar ; c'étaient dix-huit Hurricane 2C du Squadron 43, commandés par le Wg. Cdr. Pedley et le Sqn. Ldr. M. Rook, qui effectuèrent la traversée en une heure et se posèrent à Maison Blanche à 09.00. Au moment de l'approche finale, une grosse pièce de D.C.A. ouvrit le feu, mais ce fut le seul acte de résistance. Les chasseurs refirent le plein le plus vite possible et restèrent en alerte pour repousser toute attaque aérienne.

Comme la journée s'avançait, les Fulmar du Squadron 809 effectuèrent un certain nombre de missions de reconnaissance tactique à la demande des forces terrestres, mais sans rencontrer d'opposition. Au Fort Duperré et au Fort d'Estres deux batte­ries françaises résistaient encore et les Albacore des Squadrons 817, 820 et 832 les attaquèrent en piqué à plusieurs reprises, appuyés par les canons des croiseurs et les destroyers ; les batteries françaises furent réduitesau silence dans l'après-midi.

A 11.00 c'était au tour des Spitfire des Squadrons 81 et 242 de quitter Gibraltar, emmenés par le Gp. Capt. Traill et le Wg. Cdr. P. H. Hugo, et ils arrivèrent à Maison Blanche vers midi. Le terrain commençait à être plutôt encombré car il s'y trouvait également plus de cinquante D-520 des GC 11/3 et 111/6, soigneusement alignés, et des soldats français armés empêchaient quiconque de s'en approcher ; aussi jugea-t-on préférable pour le moment de ne pas les déranger... Les pilotes des Spitfire découvrirent qu'il n'y avait que très peu d'essence disponible et il leur fallut pour la plupart passer le reste de la journée au sol. Il n'y avait ni nourriture ni possibilité de couchage, et c'est ainsi que commença pour eux une période de difficultés et d'in­confort.

Le soir toute résistance avait cessé, mais au coucher du soleil quinze Ju 88 attaquèrent la Force « H » et sur le pont d'un porte-avions un Seafire eut l'empennage arraché et deux autres furent endommagés par l'explosion d'une bombe. Plusieurs chasseurs britanniques des Squadrons 43 et 81 décollèrent de Maison Blanche mais seul le Wg. Cdr. Pedley réussit une inter­ception, déclarant avoir endommagé un Ju 88 avant l'enrayage des canons de son Hurricane. Le Ill./KG 26 reconnut la perte de trois Ju 88, dont l'un certainement abattu par la D.C.A., et son équipage fait prisonnier. L'unité de reconnaissance 2./(F) 122 signala également la perte d'un Ju 88. Le lendemain le personnel des unités de chasse françaises quitta Maison Blanche pour Oued -Smar, tandis que celui des GB 1/19 et II/61 faisait mouve­ment de Blida sur Rovigo.

V. SÉTIF, DIMANCHE 8 NOVEMBRE 1942

A Sétif était basé le GR 1/36, dissous fin juin 1940 et reconstitué le 1er septembre 1940, équipé de Potez 63.11. A 08.05 le Potez piloté par le Cne Roy, de retour d'une liaison sur Alger, s'écrasa à l'atterrissage. A 15.45 Roy effectua une mission de reconnaissance avec l'A/C Ballin au-dessus des secteurs américains, près d'Alger. Les routes étaient désertes, et les Potez rentrèrent. A 17.20 un Heinkel 111 se posa sur le terrain du 1/36 ; c'était l'appareil de la Commission d'Armistice allemande, transportant les émissaires qui devaient rencontrer leurs homo­logues français. Le lendemain, à 06.45, le He 111 décolla pour Tunis El Aouina.

SÉTIF, LUNDI 9 NOVEMBRE 1942
A 06.55 les Lts Le Corre et Le Bunnetel effectuèrent une mission de reconnaissance des environs de Sétif. Ils revinrent sans avoir rien observé d'anormal. A 07.45 deux LeO 451 en provenance d'Istres atterrirent à Sétif ; dans l'un d'eux se trouvait le Gouverneur Général Chatel. A 14.45, les Lts Flesch et Le Bunnetel observèrent les abords de la ville. Rien à signaler.

SÉTIF, MARDI 10 NOVEMBRE 1942
A 08.00 le Cne Ventre rentra de mission. Toujours rien à signaler. A 17.30 quatorze D-520 se présentèrent au-dessus du terrain. C'étaient les avions du GC 1/2, basés à Châteauroux, qui par suite de l'évolution de la situation, se mettaient ainsi hors de portée de l'occupant ; sage précaution puisque les Allemands devaient envahir la zone non-occupée dans les jours suivants. Ils étaient menés par le Cdt Fleurquin ; l'un d'eux fut détruit à l'atterrissage, deux autres se posèrent à Philippeville en raison de la brume. Huit appareils qui s'étaient posés à Ajaccio rejoignirent le lendemain dans la matinée.

SETIF, JEUDI 12 NOVEMBRE 1942
A 10.20 les GC 1/2 et GR 1/36 décollèrent pour Oujda, où le Lt Gilbert se tua à l'atterrissage. Sur ce terrain de repli le Groupe de Reconnaissance se retrouvait avec six Potez 63.11 disponibles.

VI. ORAN - DIMANCHE 8 NOVEMBRE 1942

Comme à Alger, les débarquements commencèrent à 01.00. Deux détachements de la 1 ère Division d'Infanterie et de la 1 ère Division Blindée américaines débarquèrent près d'Arzew, un troisième aux Andalouses, et des unités plus modestes à Mersa Bou Zehjhar. Il n'y eut aucune résistance sur les plages et le déchargement commença sans perdre de temps. Deux heures plus tard, deux patrouilleurs britanniques, les HMS « Hartland » et « Walney », transportant des soldats amé­ricains, essayèrent de forcer l'entrée du port d'Oran mais comme à Alger cette tentative échoua car les Français étaient sur leurs gardes et leur infligèrent des pertes sévères. Par bonheur pour les Alliés, le port d'Arzew tomba entre leurs mains à 07.45 (en même temps que les Laté 298 de la Flottille 5F) et l'on put décharger les tanks rapidement, de sorte que la progression par voie de terre put commencer dès 09.00.

L'activité aérienne débuta avant l'aube, lorsque les porte-avions de la Force « O» commencèrent à lancer leurs appareils ; dix Seafire du Squadron 807 et huit Albacore du 822 décollèrent du « Furious », auxquels se joignirent six Sea Hurricane du 800 (s Biter ») et six autres du 804 (« Dasher »). Ces éléments se groupèrent au-dessus du « Furious » à 06.00 et, tandis que les Seaf ire mettaient le cap sur Tafaraoui, les Sea Hurricane et les Albacore grimpaient à 2400 m. et se dirigeaient vers Oran- La­Sénia qu'ils atteignirent à 06.45, alors qu'il faisait tout à fait jour. Les Albacore se présentèrent en trois sections de trois, trois et deux appareils respectivement, se suivant en file indien­ne serrée ; à environ deux kilomètres et demi de l'objectif la formation se déploya quelque peu, les appareils volant à peu près à 300 m. les uns derrière les autres et ils entamèrent un léger piqué qui s'accentua jusqu'à 50 - 600 au-dessus du terrain.

Dispersés sur les pistes et dans les hangars se trouvaient de nombreux avions, des Le0 451 du GB 1/11 et de la Flottille 4F, des Bloch 174 du GR II/52 et des D-520 du GC III/ 3. Lorsque la formation britannique fut signalée, sept D-520 de cette unité, pilotés par le Cdt Engler, le Lt Gérard, l'A/C Sainte-Marie, l'Adj. Poncin, le S/C Leroy et les Sgts Poupart et Causse, décollèrent sans en avoir reçu l'ordre, suivis quelques minutes plus tard par cinquante chasseurs, et tous ensemble engagèrent les appareils de la Royal Navy. (Les Français esti­mèrent avoir affaire à neuf Swordfish ou Albacore escortés par vingt-quatre chasseurs).

Lorsque les bombardiers passèrent à l'attaque, ils furent accueillis par un violent tir de D.C.A., tandis que les chasseurs les prenaient à revers. Les Sea Hurricane du Squadron 800 plongèrent à la rescousse, mais pas assez tôt pour empêcher les Albacore de subir des pertes sévères.

Au cours de cet engagement il y eut une grande exagéra­tion de part et d'autre dans le nombre de victoires revendiquées, et il est possible que, les deux formations françaises attaquant en même temps de deux directions, certaines des victoires aient été revendiquées deux fois. Du premier groupe le Sgt Poupart revendiqua deux Albacore et le S/C Leroy un ; l'A/C Sainte-Marie revendiqua un Sea Hurricane, mais il dut ensuite quitter son propre appareil en flammes. De la deuxième forma­tion de D-520, le S/Lt Elmlinger revendiqua un Albacore et le Lt Blanck deux ; le Lt Foisander fut gravement blessé et dut abandonner son avion incendié.

L'appareil de tête de la formation du 822 s'écrasa en flammes à l'angle nord-est du terrain, tuant le commandant du dispositif et son équipage ; d'après des rescapés du combat cet avion aurait été descendu par la D.C.A. Les deux autres appareils de cette première section, et un de la deuxième furent abattus par les chasseurs, un autre appareil de la deuxième section et un de la troisième furent sérieusement endommagés, et un septième appareil endommagé plus légèrement. Les trois Albacore mis hors de combat par les chasseurs purent faire des atterrissages forcés dans la région de La Sénia et leurs équipages furent faits prisonniers. Ceux qui en réchappèrent durent leur salut aux manoeuvres désespérées effectuées au ras du sol. Les Français prétendirent avoir détruit toute la formation mais comme ils ne revendiquèrent que six victoires confirmées (probablement les quatre avions abattus et les deux endommagés) ils comptèrent sans doute les autres comme « probables ». C'est ce qui pourrait s'appliquer au Lt Blanck, puisque deux des cinq victoires qu'il revendiqua pour cette journée furent classées comme « proba­bles », et il signala que les deux avions en question étaient tombés en mer. Pour résumer, les pertes concernant les Albacore peuvent se répartir ainsi : un abattu par la D.C.A. ; trois abattus par les D-520, trois endommagés par les D-520.

Pendant ce temps, les Sea Hurricane du 800 entamaient des combats tournoyants ; le Sub/Lt. B. Ritchie, à bord d'un Sea Hurricane 2C armé de canons se plaça dans la queue d'un D-520 après quelques virages « accroché à l'hélice» et, à environ 1500 m. d'altitude, atteignit d'une rafale bien placée le capot-moteur de son adversaire. L'avion prit feu et commença à se désintégrer, s'écrasant pour finir dans des marais salants ; son pilote put sauter en parachute. Le commandant de cette formation, le Lt. Cdr. J. M. Bruen, à bord d'un Sea Hurricane 2B, attaqua un autre D-520 qui était aux prises avec le mitrail­leur arrière d'un Albacore ; il s'en approcha par derrière et à environ 2000 m. d'altitude, le toucha au moteur. Ce D-520 prit feu, lui aussi, et le pilote sauta en parachute ; le mitrailleur de l'Albacore revendiqua une part de cette victoire. Le Sub Lt. M. Crosley, également à bord d'un 2B engagea un combat tournoyant à 2000 m. avec un D-520, le rattrapant en moins de deux cercles complets et, l'attaquant de derrière et par dessous, visa le cockpit ; il en sortit des flammes rouges, le pilote sauta, et l'appareil alla s'écraser au sol. Le Sub Lt. R. Thompson, son ailier, fut pris à partie à 600 m. d'altitude par trois D- 520 sur sa droite ; parvenant à se dégager, il en attaqua un par l'arrière, et le toucha au moteur ; le D-520 prit feu, effectua un demi-tonneau et piqua, environné de fumée et de flammes, pour s'écraser au sud-est de La Sénia. Crosley, qui avait été témoin de cette victoire, fut alors attaqué à 1200 m. par un autre D-520, mais réussit à le tirer par le travers à hauteur de l'habitacle ; des flammes jaillirent du collecteur d'échappement, et l'appareil s'écrasa en flammes lui aussi. Les rapports français ne sont pas très clairs quant à cette suite d'engagements , les archives quelque peu incomplètes du GC III/3 semblent confirmer la perte de deux pilotes, Sainte-Marie et Foisander, mais celles de l'Aéronavale signalent la destruction de quatre D-520 dans ce combat aérien.

Pendant ce temps, les sept Seaf ire du Squadron 807 étaient arrivés à Tafaraoui à 06.40, juste avant les troupes américaines, et ils surprirent les Le0 451 de la Flottille 4F au sol ; cette unité dépendait de La Sénia pour opérer avec le Groupement Mixte No 3. Un Le0 451 (762) fut incendié, et l'incendie fit exploser des barils de carburant à proximité ; sept minutes plus tard un Seafire solitaire attaqua à nouveau, endommageant un second LeO (7B1), et à 06.50 le premier appareil, qui avait continué à brûler, explosa, causant des dégâts à un autre bombardier parqué à côté. Les appareils qui avaient survécu à cette attaque commençaient à peine à recevoir leur chargement de bombes pour une attaque des troupes américaines à l'est du Cap Figalo en liaison avec le GB 1/11 et le III/3 lorsque les premiers tanks américains pénétrèrent sur le terrain.

Leur mission accomplie, les Seaf ire reprenaient le chemin de leur porte-avions lorsqu'ils aperçurent les Albacore et Sea Hurricane aux prises avec les D-520 au-dessus de La Sénia. Le Flight « A » quitta la formation et se dirigea vers ce terrain pour y attaquer les appareils au sol. Les Seafire revendiquèrent la destruction de trois D-520, deux bombardiers et neuf autres appareils plus ou moins endommagés. Les bombardiers étaient des LeO 451 du GB 1/11, dont l'un, le no 406, subit des dégâts légers. La D.C.A. était intense et le Seaf ire du Lt. A. N. Frazer-Harris, DSC, fut touché, l'obligeant à se poser en catastrophe ; il put quitter son avion et y mettre le feu. Entretemps les D-520 intervenaient et l'un d'eux, piloté par le Sgt Causse, fut descendu par le Sub Lt. G. C. Baldwin et fit un atterrissage forcé àdeux kilomètres de La Sénia ; c'était la première victoire aérienne à être remportée par un pilote de Seaf ire. Là-dessus un autre D-520 attaqua Baldwin de dessous, endommageant son appareil avec un obus de 20 mm sous un angle de 900.

Malgré les pertes, le bombardement par les Albacore fut précis et efficace, tous les hangars furent atteints et de nombreux appareils détruits tant à l'intérieur qu'à l'extérieur. On put établir par la suite que neuf Le0 451, six Bloch 175, sept D-520 et trois appareils d'autres types furent détruits dans les hangars ou à proximité, tandis qu'après la capture du terrain on trouva vingt-deux appareils sur les pistes, loin des hangars, moitié bombardiers bimoteurs, moitié D-520. Ce total, cepen­dant, comprenait non seulement les appareils détruits ou endom­magés mais aussi ceux qui avaient été abandonnés comme indisponibles quand l'Armée de l'Air s'était repliée sur des terrains plus au sud. Le GC III/3 fut certainement très éprouvé, car après l'attaque il ne restait plus au Groupe que neuf D-520 utilisables.

En revanche, le retour des unités embarquées fut loin d'être un succès ! Deux Sea Hurricane du 800 ne purent retrouver leur porte-avions, et allèrent se poser à Lourmel, qui venait de tomber aux mains des alliés. Trois autres appontèrent sur le « Dasher ». Le sixième, à bout de carburant, fit un atterrissage forcé sur une plage. Les six pilotes inexpérimentés du 804 (« Dasher ») qui n'avaient pas remarqué les engagements au-dessus de La Sénia, ne réussirent pas davantage à retrouver leur porte-avions et appelèrent le « Furious » pour obtenir un radio­guidage, qu'ils ne purent capter ; aussi cinq d'entre-eux se posèrent-ils en catastrophe sur un champ de courses, endomma­geant plus ou moins leurs appareils, tandis que le sixième sautait en parachute. Un de ceux qui avaient pu attérrir fit le plein le lendemain et repartit à midi pour regagner le « Dasher » où il raconta ce qui s'était passé.

Pendant que se déroulait l'attaque relatée plus haut, le « Dasher » avait envoyé, à 07.05, deux Sea Hurricane du 891 en patrouille ; l'un d'eux ne rentra pas, étant probablement « tombé » sur un chasseur français. Quelques instants plus tard
deux Seaf ire du 801 décollèrent du « Furious» pour escorter un Fulmar qui devait larguer une douzaine de mannequins « para­chutistes » afin de créer une diversion ; le Fulmar dut se poser en mer avant d'avoir accompli sa mission. Une demi-heure plus tard, deux autres Seaf ire du même Squadron qui patrouillaient au-dessus de la Task Force durent également faire des atterris­sages forcés.

Il avait été prévu de faire coïncider un larguage de parachutistes avec les débarquements, mais au dernier moment, comme il semblait que les Français n'allaient peut-être pas résister, on décida que les C47 du 60th Troop Carrier Group partiraient de Land's End en Cornouailles et iraient tout simplement se poser à La Sénia à l'aube. Trente neuf C-47 décollèrent donc en quatre sections, transportant 39 officiers et 492 hommes du 503rd Parachute Infantry, et escortés par des Spitf ire et des Beauf ighter basés en Angleterre. La formation ne fut pas interceptée, mais fut dispersée par le mauvais temps ; pendant le survol de l'Espagne, à 3.000 m., la D.C.A. ouvrit le feu sur quelques appareils. Au-dessus de la Méditerranée le temps se boucha complètement et la formation ne put se regrouper. Le Col. Bentley, Group Commander, accompagné de quelques C-47, orbite quelque temps au-dessus d'un phare au nord de Melilla, au Maroc Espagnol, mais, incapable de se repérer, se résigna à atterrir pour interroger quelques indigènes ; décollant à nouveau, il mena ce qu'il lui restait de sa formation dans le secteur d'Oran, où il aperçut douze C-47 posés sur le lit à sec de la plus grande lagune de la région, la Sebkha d'Oran, au sud de Lourmel. Ces appareils étaient arrivés juste après l'attaque de La Sénia par les avions de la Royal Navy, et s'étaient fait inter­cepter par la deuxième formation de D-520 du GC III/3, encore en l'air après leur combat contre les Albacore ; de plus la D.C.A. avait ouvert le feu sur les C-47, et aucun ne put atteindre le terrain ; les D-520 obligèrent quatre d'entre eux à se poser sur la Sebkha, où ils les mitraillèrent, tandis que les parachutistes essayaient de se mettre à couvert.

Appelée en renfort par radio, la formation de Bentley atterrit à proximité. Bentley repartit en reconnaissance vers La Sénia mais par suite d'ennuis de moteurs dut se poser à Misserghin et fut fait prisonnier. Il réussit alors à négocier la reddition d'Un groupe de parachutistes américains dont le C-47 s'était posé en un autre endroit de la Sebkha et qui se trouvaient encerclés.

Pendant ce temps le gros des parachutistes sur la Sebkha, sous le commandement du Col. Raff, reçut l'ordre de faire mouvement sur La Sénia à pied ; on avait bien essayé de faire rouler les C-47 avec les hommes à bord, mais la boue fit échouer cette tentative ; un message ultérieur ordonna au Col. Raff de se diriger plutôt vers le terrain de Tafaraoui, qui était déjà aux mains des Américains. Tous les C-47 décollèrent immédiatement — à vide — pour cette destination, cinq d'entre eux atterris­sant un peu plus loin pour embarquer les paras qui marchaient vers La Sénia et les transporter à Tafaraoui. Alors que ces C-47 redécollèrent, ils furent attaqués par des D-520 du GC 111/3 qui en abattirent trois. Ces appareils furent revendiqués conjointe­ment par le Cne Duval et les Lts. Medan, Pissotte et Blanck ; l'Adj. Poncin revendiqua deux C-47, dont un au cours de le première interception au-dessus de La Sénia ; on ne sait pas exactement à qui attribuer les autres C-47 abattus au cours de cette première interception, mais il est possible que ce soit au Sgt. Poupart.

Pour récapituler, des trente neuf C-47 de la formation originale, vingt cinq atterrirent sur la Sebkha et en repartiren: pour Tafaraoui, trois d'entre eux étant abattus. Quatre furent descendus au-dessus de la Sebkha ; trois atterrirent au Marc: Espagnol et furent internés ; deux autres atterrirent au Marc: Espagnol mais purent refaire le plein et repartir pour Casablanca où ils rejoignirent le Corps Expéditionnaire Occidental ; un se posa à 32 km au Nord-Est de Tafaraoui ; un se posa a Gibraltar avec si peu d'essence qu'il ne put même pas dégage-la piste, et enfin trois autres atterrirent en divers endroits de la Sebkha. Le 9 novembre, il n'y en avait que vingt disponibles

Juste après 08.00 d'autres Sea Hurricane 2C du 89' attaquèrent La Sénia en rase-mottes, vidant leurs chargeurs sa­les derniers avions au sol. Le Sub Lt. L. V. Godfrey venait d'épuiser ses munitions lorsque deux D-520 jaillirent de nuages épars derrière et au-dessus de lui et l'un d'eux piqua sur le en ouvrant le feu ; le moteur de son appareil fut touché, et il se immédiatement en catastrophe.

Le Squadron 807 reprit l'air à 10.34, quatre Seafire escortant un cinquième piloté par le Sub Lt. L. P. Twiss, q_ devait effectuer une reconnaissance tactique au-dessus de las Sénia et Tafaraoui et de la route au nord de la Sebkha. A s Unie les LeO 451 du GB 1/11 avaient reçu leur chargement de bombes (500 et 1000 kg) et six appareils menés par e Cdt Hemel décollèrent à 11.20 escortés par cinq D-520 c_ GC III/3 ; comme il a été dit plus haut, ils devaient se joindre aux bombardiers de la Flottille 4F, mais ces derniers avaient déjà été neutralisés... Pour une raison inconnue, après quarante minutes de vol, les Le firent demi-tour sans avoir largué leurs bombes. C'est alors qu'ils furent attaqués par douze chasseurs britanniques, des « Hurricane » selon le rapport. Le Sgt Poupart déclara en avoir abattu deux, mais l'appareil du S/C Leroy fut touché et il dut faire un atterrissage forcé.

Là encore les sources ne concordent pas ; il semble que les Français se soient heurtés aux Seaf ire du 807, qui se retrouvaient alors à quatre, puisque l'un des chasseurs avait fait demi-tour ; les trois appareils d'escorte anglais auraient été pris à partie par sept D-520 au-dessus des terrains français.

Le Sub Lt. C. F. Hargreaves en abattit un, qui s'écrasa à l'est de Valmy ; un Seaf ire fut légèrement endommagé, mais le troisième, piloté par le Sub Lt. L. H. Rowland, ne regagna pas son porte-avions.

Le Sub Lt. Twiss, qui n'avait pas pris part au combat, poursuivit sa reconnaissance et aperçut des tanks « amis » au Sud-Ouest de la Sebkha ; il se posa à proximité pour en informer une batterie anti-tank installée dans le secteur. On lui demanda alors d'effectuer une reconnaissance des environs, ce qu'il fit, et il revint se poser pour annoncer qu'il n'avait rien remarqué de suspect. Son carburant commençant à s'épuiser, il repartit pour Tafaraoui, mais là endommagea sa roulette de queue à l'atterris­sage. Il réussit à en trouver une de rechange sur une épave et après avoir passé la nuit sous l'aile de son avion, rejoignit son porte-avions le lendemain. Au cours de la journée le Sgt Su-dan du GC I11/3 fut porté « abattu » en tentant d'intercepter deux Hurricane ; comme cette victoire n'a pas été revendiquée, et comme il est probable que la victime de Hargreaves ait été le Lt. Leroy, il se peut que le Sgt Sudan ait fait partie des pilotes abattus au cours du premier engagement contre les Squadrons 800 et 807.

A 14.09 le 807 envoya à nouveau six Seaf ire pour effec­tuer, avec neuf Hurricane du « Biter » et du « Dasher », un nettoyage des terrains du secteur d'Oran/Tafaraoui. Le GR 11/52 avait découvert une percée de blindés entre Sainte-Barbe et Valmy ; trois Le0 451 du GB 1/11 et six D-520 du GC 111/3 décollèrent vers 14.45 pour une nouvelle mission de bombarde­ment, deux des Le0 - N° 331 Lt. Berthelot et No 335 Lt. Briou -attaquant le terrain de Tafaraoui et le troisième - No 426 Cdt Hemel - attaquant les véhicules repérés par le GR 11/52. Les bombardiers venaient à peine de rentrer, et roulaient encore lorsque les Seaf ire arrivèrent et déclenchèrent leur attaque ; un des LeO explosa, endommageant un des chasseurs britanniques qui dut se poser en mer ; deux autres Seafire ne purent retrouver le « Furious », un des pilotes se posa sur une plage, l'autre sauta en parachute.

Entre temps, à 14.30 le Cne Martre du GR II/52 décollait l'unique Bloch 174 de l'unité pour effectuer une reconnaissance des plages à basse altitude. Un peu plus tard cet appareil repartait pour une sortie similaire avec un Bloch 175, mais un second Bloch 175 s'écrasait au décollage. A 16.00 deux autres Bloch 175 étaient mitraillés au sol. Au cours de la journée, mais à des heures inconnues, le GC I11/3 revendiqua trois nouvelles victoires : le Cne Duval et le Lt. Madon un Hurricane chacun (probablement ceux du 891 abattus dans la matinée) et le Lt. Pissotte un Seaf ire.

A Gibraltar les Spitfire américains se préparaient à suivre en Afrique les premières unités de la R.A.F. ; ceux du 31st Fighter Group plus aguerri étaient rangés sur la piste devant ceux du 52nd F.G. — A l'origine il était prévu que le premier serait dirigé sur Alger, où l'on s'attendait à la plus forte oppo­sition, et le second sur Oran. — Mais quand on apprit les durs combats dans la région d'Oran, le Col. John R. Hawkins, commandant du 31st, reçut l'ordre de conduire son Group dans ce secteur et se présenta au-dessus de Tafaraoui vers 17.00.

Pendant ce temps, six D-520 du GC I11/3 avaient à nouveau pris l'air et trois d'entre eux se dirigèrent vers Tafa­raoui, où ils commencèrent à mitrailler les C-47 du 60th Troop Carrier Group. Lorsque les Spitfire arrivèrent, ils prirent les avions français qui tournoyaient au-dessous d'eux pour des Hurricane, et se mirent donc à attaquer des batteries françaises qui avaient ouvert le feu autour du terrain ; ils ne revinrent de leur méprise que lorsque les D-520 leur tombèrent dessus, abattant un Spitfire piloté par le Lt. Joe Byrd, qui fut tué. Le Major Harrisson Thyng, commandant le 309th Squadron du Group, emmena sa section de quatre appareils à l'attaque, abattant personnellement un des D-520, tandis que les deux autres étaient abattus par les Lts. Payne et Kenworthy ; chez les Français le Cdt Engler, commandant du Groupe, et le Cne Maurier furent tués, mais le Sgt Poupart réussit à quitter son Dewoitine en feu et put regagner La Senia un peu plus tard, après avoir traversé la Sebkha à pied !

Ce fut le dernier engagement du GC 111/3 qui fut bientôt rebaptisé GC 1/3, avec effet du 8 novembre (il avait déjà porté cette désignation). L'unité était créditée de 17 victoires confir­mées et 7 probables. Le Sgt Poupart s'était particulièrement distingué avec sept victoires, dont quatre confirmées, le Cne Blanck revendiquait cinq avions abattus ; trois C-47 et deux Albacore, mais trois seulement de ces victoires furent confir­mées, certaines probablement en collaboration. Les D-520 abattirent au moins onze appareils alliés, et en endommagèrent plusieurs autres, mais les archives britanniques sont incomplètes sur ce point. Pendant toute la journée il y eut de fréquents duels d'artillerie entre les batteries côtières et le cuirassé HMS « Rodney », tandis que les destroyers français effectuaient des sorties sans résultats contre la Task Force britannique.

VII. ORAN, LUNDI 9 NOVEMBRE 1942

A l'aube l'artillerie française recommença à bombarder le terrain de Tafaraoui et peu après, trois Spitfire du 31st F.G. en reconnaissance repérèrent une colonne de la Légion Etrangère faisant mouvement de Sidi Bel Abbés sur Oran, accompagnée par des blindés légers. Le reste du Group prit l'air pour l'attaquer, et la contraignit à faire demi-tour ; il apparut que les obus de 20 mm des Spitfire perçaient facilement les blindages légers. Le Group effectua plusieurs autres missions au cours de la journée, entre autres une attaque sans grands résultats contre des batteries côtières ; ils parvinrent cependant à réduire au silence les 75 mm qui pilonnaient Tafaraoui.

Ce qu'il restait d'avions français commença à évacuer La Sénia pour se replier sur des bases marocaines ; cinq LeO 451 du GB 1/11 (les N°5 331, 353, 378, 426 et 434, tandis que le N° 335, moteurs serrés, était laissé derrière) décollèrent à 06.25 à destination de Meknès, bombardant Tafaraoui au passage ; le N° 353, touché par la D.C.A., devait s'écraser sur la Sebkha, faisant quatre morts et trois blessés ; le No 454 devait se poser sur le ventre entre la Sebkha et Tafaraoui, par suite d'une panne de moteurs. Le GC I11/3 gagna Fèz, tandis qu'en Tunisie les GB 1/25 et 11/25 faisaient mouvement sur Souk El Arba pour se rapprocher des ports algériens, au cas où ils recevraient l'ordre de les bombarder.

Les troupes américaines décidèrent de contourner l'îlot de résistance de Saint-Cloud et de foncer sur Oran, mais leur avance fut très ralentie car les Français tenaient bon et lancèrent même une contre-offensive sur le flanc de la tête de pont d'Arzew. Le terrain de La Sénia fut enlevé dans la matinée, mais il y tombait encore trop d'obus pour qu'on pût l'utiliser. Les Seaf ire du « Furious » effectuèrent de nouvelles attaques au sol et, peu après midi, les Albacore du Squadron 822 bombardèrent les batteries qui se trouvaient sur des hauteurs à l'est d'Arzew et appuyaient la contre-attaque française dans ce secteur.

Dès que le terrain s'avéra suffisamment sûr, deux Squa­drons du 52nd F.G. s'envolèrent pour La Sénia, mais six Spitfire à court de carburant durent se poser dans la nature... Le troisième Squadron escorta plus tard un appareil qui amenait le Général Doolittle de Gibraltar. Après avoir négocié avec le Général Mark Clark à Alger, l'Amiral Darlan ordonna le cessez-le-feu ; le Gouvernement de Vichy envoya un contre-ordre, mais les forces françaises d'Afrique du Nord commencèrent à obéir à l'ordre de Darlan, quoiqu'avec un certain retard 7 dans le secteur d'Oran.

VIII. ORAN, MARDI 10 NOVEMBRE 1942.

Le 10 les Américains lancèrent des attaques concentriques sur Oran, se heurtant à nouveau à une résistance opiniâtre, jusqu'au moment où deux colonnes blindées légères pénétrèrent dans la ville par le sud, décourageant toute opposition ; les combats cessèrent peu de temps après. Les Spitfire du 31 st F.G. participèrent à nouveau à l'action en appuyant les forces terrestres, mais ils attaquèrent par erreur des tanks américains, qui ripostèrent et touchèrent deux des chasseurs dont les pilotes, les Lts. Wooten et Conley durent faire des atterrissages forcés, heureusement sains et saufs.

Les pertes totales des Américains au cours des trois jours de combat furent inférieures à 400, celles des Français encore moindres. La Royal Navy, tant à Oran qu'à Alger, perdit 15 Sea Hurricane, au moins 12 Seafire, 8 Martlet, 8 Albacore et 2 Fulmar, mais pour la plupart ces pertes furent attribuées à une « familiarisation insuffisante avec ce type d'appareil ». La précision du tir fut qualifiée de « très médiocre», mais en fin de compte, malgré la forte proportion de pertes par accidents au cours des opérations, le bilan ne fut pas complètement négatif, eu égard à l'inexpérience des unités engagées.

IX. CASABLANCA, DIMANCHE 8 NOVEMBRE 1942

Des trois zones de débarquement, c'est dans celle de Casa­blanca que l'opération rencontra le moins de succès au début et que les plus durs combats eurent lieu. Le contingent principal, sous les ordres du Général Patton, débarqua à Fédala, à une vingtaine de kilomètres au nord du port, tandis que d'autres éléments étaient mis à terre à Mehdia et Safi, à partir de 0500 h. Tout d'abord les Français furent surpris et déconcertés et, grâce à l'appui des unités navales, les Américains purent prendre pied avant que la riposte des défenseurs ne devienne sérieuse. Mais par suite de l'inexpérience des troupes débarquées il y eut une certaine confusion sur les plages, ce qui retarda d'autant la progression vers l'intérieur.

Mis au courant des débarquements, le Commandant de l'Aéronavale envoya dès l'aube des sections de D-520 de la Flottille 1F patrouiller au-dessus de Port-Lyautey ; à 0600 h. un Martin 167F de l'Escadrille 2B décolla de ce terrain pour longer la côte vers le sud et reconnaître ce qui se passait à Mehdia. Une heure plus tard les D-520 reçurent l'ordre de mitrailler les péniches de débarquement sur les plages, et cinq de ces appareils furent touchés par la D.C.A. Un autre groupe de D-520 attaqua sans résultat des hydravions qui effectuaient du réglage d'artille­rie pour les bâtiments américains et selon ces derniers, tous les chasseurs auraient été atteints par la riposte des hydravions.

Des Curtiss Hawk du GC 11/5 de Camp Cazes avaient égale­ment pris l'air, et comme les D-520, rencontrèrent des hydra­vions de reconnaissance ; le Sgt Lavie attaqua un Vought OS2U-3 « Kingfisher » qui réglait le tir du cuirassé «Massachusetts» près de Kin Sebaa, et l'endommagea sérieusement ; l'appareil dut se poser en mer, mais son pilote, le Lt. « Tommy » Dougherty, parvint à gagner la plage où il l'échoua ; il fut fait prisonnier et son observateur-mitrailleur, le Lt. Clyde Etheridge, qui avait été blessé pendant le combat, fut conduit à l'hôpital.

Au moment même où apparaissaient les premiers avions français, les chasseurs américains quittaient le pont du «Ranger» pour être en bonne position au cas où les Français décideraient de riposter. A 06.10 h., alors qu'il faisait encore nuit, neuf F4F du VF-9, menés par le Lt. Cdr. John Raby, décollèrent pour attaquer le terrain de Rabat, tandis que huit autres sous les ordres du Lt. Winters se dirigeaient vers Rabat-Salé pour une mission similaire. Ils furent suivis par dix-huit SBD du VS-41 qui prirent l'air à 06.45 h., et par dix-huit F4F du VF-41 en deux formations de neuf appareils chacune ; les bombardiers en piqué mirent le cap sur Casablanca, tandis que les chasseurs se dirigeaient vers le terrain voisin de Camp Cazès.

Accueillies par la D.C.A. au-dessus de Rabat-Salé, les deux formations de F4F du VF-9 piquèrent à l'attaque ; celle du Lt. Winters fit un véritable carnage à Rabat-Salé, détruisant quatre « bombardiers lourds » et dix bombardiers moyens, dont trois revendiqués par l'Ens. Wilhoite. Selon le GR 1/22, les assaillants étaient dix Martlet de la Royal Navy ; neuf LeO 451 soit quatre de la 1ère Escadrille et cinq de la 2ème, furent détruits, tandis que le GT 1/15 perdait les Farman F.222.2 N° 11 et 16, F.223.3 N° 5 et F.224 N° 2.

Il faut noter que le F.222.1 N° 7 et le F.222.2 N° 33 étaient: à ce moment-là à Chateauroux et que le F.222.2 N° 21 se trouvait à Toulouse, ce qui leur permit d'échapper au massa­cre. Cependant les deux premiers furent saisis à Istres lorsque les Allemands franchirent la ligne de démarcation, le N° 21 décollant in extremis avec le Cne Goulut aux commandes ; il dut d'ailleurs poser son appareil sur le ventre à Rabat-Salé le 28 novembre. Les quelques LeO 451 qui devaient ré-équiper le GT 111/15 ne connurent pas un meilleur sort ; au moins trois d'entre eux furent cloués au sol par les F4F.

Selon le même rapport il semblerait que les seize Potez 29 de cette même unité aient été également tous détruits. Quant aux neuf autres Wildcat, ne trouvant aucune cible sur le terrain de Rabat, ils se dirigèrent vers Port-Lyautey, un peu plus au nord, et là, les pilotes de Raby aperçurent « quatre » bombar­diers, qu'ils prirent pour des LeO 451, se préparant à décoller ; une seule passe les détruisit tous les quatre... En fait, il s'agissait de huit Martin 167F de la Flottille 3F et, selon le rapport français, ils avaient déjà quitté le sol lorsqu'ils furent attaqués ; trois appareils furent immédiatement abattus ; un quatrième, piloté par le Capitaine de Corvette Mathon, commandant la Flottille, fut endommagé et s'écrasa.. à Sidi-Yahia où il essayait, de se poser ; le Cne Mathon fut tué. Plusieurs autres bombardiers furent touchés, mais réussirent à rallier Sidi-Yahia. Neuf D-520 de la 1F roulaient sur les pistes et trois d'entre eux furent criblés de projectiles ; selon les Français, Port-Lyautey avait été attaqué par vingt-cinq à trente chasseurs et bombardiers en piqué, ce qui laisserait entendre que les chasseurs du VF-9 auraient été accompagnés par des appareils d'un autre porte-avions.

Entre temps, a 07.00 h., les SBD étaient arrivés au-dessus de Casablanca, déclenchant là aussi la D.C.A. française. Ayant envoyé par radio le signal codé « Batter up » (1) à leur porte-avions, ils reçurent en réponse « Play-ball », (2) qui leur indi­quait de passer à l'offensive. Prenant pour cible le bassin des sous-marins dans la darse ainsi que diverses installations, ils piquèrent de 3.000 m. à travers l'intense barrage anti-aérien qui montait du cuirassé « Jean Bart » et des batteries du port.

A peu près à la même heure les appareils du VF-41 arri­vaient dans le secteur à 4.500 m., et commençaient à piquer sur Camp Cazès pour réduire les batteries anti-aériennes et mitrailler les avions au sol ; tandis qu'ils plongeaient à travers le feu nourri de la D.C.A. survinrent les chasseurs français, apparemment dix D-520 et six Hawk. A travers les détails des combats confus qui s'ensuivirent, il semble que les D-520 qui avaient décollé de Port-Lyautey à 07.00 h. pour mitrailler les plages de débarquement et qui avaient été surpris par l'attaque du VF-9 se soient trouvés là par hasard au moment où les Wilcat approchaient, ou alors qu'ils aient été déroutés de leur mission initiale pour venir en renfort au-dessus de Casablanca. Au sol, cinq Hawk commençaient à décoller sans ordre de mission précis alors même que les Wildcat passaient en trombe, mitraillant les DB-7 du GB 1/32 ; les Hawk décollèrent l'un après l'autre, de sorte que le premier interceptait déjà les attaquants tandis que le dernier roulait encore. En tête était le Cdt. Tricaud, suivi par le Cne Huvet et le Lt. de Montgolfier. Tricaud et Huvet abattirent un Wildcat à eux deux, mais l'avion du premier prit feu et explosa à la verticale du terrain. Ensuite ce furent Huvet et de Montgolfier qui furent abattus ; la dernière paire de Hawk, pilotés par les Lts Lachaux et Hème, se joignit alors à la mêlée tandis que, loin derrière, six autres Hawk de la 3ème Escadrille, celle des « Sioux », se préparaient à décoller. On vit Lachaux descendre un Wildcat, puis probablement un second, mais il fut lui-même touché ; il tenta immédiatement d'abandonner son appareil ; l'Américain tirait encore alors qu'il s'extirpait de son cockpit, et il fut mortellement atteint. L'avion de Hème fut également touché, et celui-ci se tua en heurtant son empennage de la tête lorsqu'il sauta en parachute.

Selon l'estimation initiale des Français, l'attaque avait été menée par seize à vingt Wildcat mais, huit minutes après le début de l'engagement, alors que de nouveaux Hawk des deux Escadrilles arrivaient en renfort, il sembla aux défenseurs que le nombre des Wildcat avait augmenté : peut-être les SBD furent-ils pris pour des chasseurs, ou tout simplement s'agissait-il des avions du VF-41 qui revenaient sur le terrain pour une deuxième passe. Le Lt. Fabre fut blessé, et l'avion du Cne Rayne sérieuse­ment endommagé, mais les deux pilotes purent regagner leur base. Le Lt. Bouhy eut son appareil criblé de balles et, revenant se poser, il se précipita aux commandes d'un des D-520 de l'Escadrille, que des armuriers préparaient fébrilement ; il mit les gaz et tenta de décoller mais, heurtant un baraque­ment en bout de piste avec l'extrémité de son aile gauche, il s'écrasa et fut tué sur le coup.

Deux autres Hawk en piteux état atterrirent alors, l'un piloté par le Lt. Villacèque, qui revendiquait un Wildcat abattu à une douzaine de kilomètres de Casablanca, l'autre piloté par le Lt. Quequignier.

Le Lt. Ruchoux était en train de descendre un Wildcat quand il fut touché à son tour et il alla au tapis en même temps que sa victime ; aidé par l'Américain, il rentra au terrain en traînant la jambe... D'autres Hawk revinrent : le Lt. Legrand et le Lt. Le Stum revendiquaient chacun un Wildcat près de Casablanca, ce même Le Stum ayant « partagé » un autre Wildcat avec le Lt. Abrioux à Diab ; l'A/C Delannoy avait abattu un chasseur au-dessus de El Hank. Mais au cours de ces engagements, six des meilleurs pilotes du groupe avaient été tués, et cinq autres blessés plus ou moins gravement, alors que pendant la campagne de France de mai-juin 1940, le total des pertes s'était élevé à deux pilotes tués.

Selon le rapport de la Flottille 1 F, au cours des combats de la matinée deux D-520 s'étaient écrasés en flammes (apparem­ment à la suite de l'attaque des hydravions d'observation... mais cela semble plutôt improbable) et un troisième, piloté par le Lt. de Vaisseau Folliot, commandant la Flottille 1 F, avait été abattu au cours d'un engagement avec des Wildcat, dont deux auraient été descendus. Les autres D-520 réchappés des combats se posèrent à Sidi-Yahia. Pour en revenir à Camp Cazes, les DB-7 du GB 1/32 avaient été alignés, avec leur chargement de bombes, prêts à décoller. L'un d'eux avait effectué une recon­naissance juste avant l'attaque, à la demande du Vice Amiral Michelier, commandant les forces navales, et cet appareil revint après l'attaque ; mais les autres reçurent l'ordre de différer leur décollage. C'est pourquoi ils furent surpris alors qu'ils commen­çaient à peine à rouler ; deux appareils explosèrent, endomma­geant un troisième, tandis que trois autres bombardiers étaient mis hors de combat ; les pertes en vies humaines furent élevées.

Les pilotes du VF-41 déclarèrent que les D-520 auxquels ils avaient eu affaire portaient des bandes rouges et jaunes sur le capot-moteur, et ils reconnurent également la tête d'Indien sur le fuselage des Hawk de l'Escadrille des «Sioux ». Le Lt. Wood aperçut un D-520 qui se rapprochait de lui par-dessous et réussit à l'éviter, au moment où un avion en feu passait à proximité tandis que son pilote sautait en parachute ; Wood se lança à la poursuite du D-520, et après une série de virages serrés, d'immelmans et autres manœuvres, parvint à placer un coup au but qui fit voler des débris de sa victime ; il la perdit de vue un instant, mais la revit bientôt, poursuivie cette fois par l'Ens. Harris qui réussit à placer une rafale décisive, et le D-520 alla s'écraser en flammes. Wood s'en prit alors à un deuxième Dewoitine, mais celui-ci se révéla être piloté par un expert (probablement le Lt. de V. Folliot) qui se plaça tout de suite dans sa queue ; Wood se débarrassa de ses bombes et se laissa rattraper par le Français, puis réduisit brutalement, ce qui lui permit de se retrouver derrière son adversaire ; un combat tournoyant s'ensuivit, et tous deux partirent en vrille ; Wood parvint à placer une rafale de deux secondes et le D-520 s'écrasa dans un rideau de flammes. L'Américain réussit de justesse à regagner son porte-avions avec l'essence qui lui restait.

Le Lt. «Spanky » Carter perdit sa section et fut pris à partie par trois Hawk ; il put tirer l'un d'eux, dont le moteur se mit à cracher une fumée noire, et le Français alla s'écraser ; à ce moment Carter fut touché par un Hawk qui le talonnait ; son appareil devint incontrôlable, et une nouvelle rafale sectionna son circuit d'huile ; perdant rapidement de l'altitude, il se posa en mer tandis que le Français le survolait en souriant et saluant de la main ; de son radeau pneumatique, Carter assista alors à un combat entre six Hawk et deux Wildcat.

Les Lts Seiler, Taylor et Bali larguèrent leurs bombes sur le terrain mais se retrouvèrent aux prises avec cinq ou six chasseurs; Seiler en endommagea un, mais Taylor et Bali furent touchés à plusieurs reprises ; le Wildcat de Taylor, attaqué par plusieurs adversaires, passa sur le dos et disparut dans la brume ; on le crut abattu, mais en réalité Taylor réussit à redresser et à se poser à bout de carburant sur un des porte-avions d'escorte, où Seiler le rejoignit bientôt pour les mêmes raisons.

L'Ens. Mikronis mitrailla deux DB-7 au sol, mais fut attaqué par un Hawk, en même temps que son moteur encaissait un obus de D.C.A. ; le Hawk se mit alors dans sa queue et ouvrit à nouveau le feu puis se rapprocha pour assister à son atterrissage forcé près de Fédala. Mikronis s'évanouit du fait de ses blessures ; lorsqu'il revint à lui, il vit tomber trois avions de Vichy, un en piqué, un autre en vrille, le troisième, un D-520, aux prises avec un Wildcat, et tandis qu'il suivait des yeux le Dewoitine, il put voir le pilote évacuer son appareil, la combinaison en feu, puis l'avion passer sur le dos et exploser (il s'agissait probable­ment de la victoire revendiquée par Harris). Le Lt. T.A. « Tag » Grell effectua une première passe sur le terrain, mais pendant la deuxième il se rendit compte que la D.C.A. l'avait « sonné » plus qu'il ne croyait, et décide de regagner son porte-avions ; à une trentaine de kilomètres de Casablanca son moteur s'arrêta et il se posa en mer, où il fut recueilli par des bateaux de pêche.

La palme de cet engagement revint cependant aux Lts « Windy » Shields et « Chuck » August. Ce dernier mitrailla un emplacement de D.C.A. mais s'aperçut que son ailier n'était pas avec lui ; il tira alors sur un DB-7 qui roulait, mais un obus de D.C.A. fit descendre sa roue droite ; six à huit chasseurs de Vichy apparurent alors, tandis que trois Wildcat menés par le Lt. Carter piquaient au milieu d'eux ; August  se lança derrière un Hawk, mais le dépassa ; virant sec il lui envoya de flanc une longue rafale ; le Hawk sembla s'arrêter, passa sur le dos et tomba en flammes ; regardant autour de lui, August aperçut un autre Hawk et un D-520, il se rapprocha, tira, touchant le Hawk qui hésita une seconde, fit un tonneau Et alla s'écraser au sol. Se retrouvant seul, il fut pris en chasse par deux Hawk et entendit les balles frapper son blindage dorsal, mais soudain il vit Shields arriver à la rescousse et tirer sur un de ses poursui­vants, qui degagea ; effectuant une chandelle et un retournement, August put envoyer une rafale à l'autre Hawk qui prit feu et se mit à fumer tandis que le pilote quittait son appareil à quinze mètres à peine du sol... Le parachute n'eut pas le temps de s'ouvrir (c'était peut-être le Lt. Hème). August put compter à ce moment cinq épaves qui brûlaient au sol, et de nouveau seul, redescendit pour mitrailler quelques bombardiers immobilisés ; c'est alors que son moteur se mit à cafouiller, puis s'arrêta, et August sauta en parachute.

Shields, de son côté, était ailier dans la dernière section à piquer, mais il avait perdu le contact dans le feu nourri de la D.C.A. Il se joignit à un autre appareil pour effectuer sa passe de mitraillage, mais aperçut alors deux D-520 et deux Hawk au-dessus de lui ; se lançant à la poursuite d'un D-520, il se retrouva devant lui, fit demi-tour pour une attaque de front, touchant cette fois le Français qui bascula en piqué sur la droite, heurta le sol, rebondit à plusieurs reprises plein moteur pour aller finir dans une mare. De nouveau seul, Shields repéra un Wildcat, qu'il reconnut pour être celui de « Chuck » August, talonné par deux Hawk qui cisaillaient pour lui tirer dessus à tour de rôle, les trois avions à trois mètres du sol au plus ! Shields fut aperçu par un des Français, qui dégagea, et tandis qu'il prenait ce dernier en chasse, il vit August descendre l'autre. Tirant sur son adversaire Shields vit une flamme orange jaillir du côté droit du fuselage, et l'appareil partit en vrille jusqu'au sol où il s'écrasa. Cherchant un autre Wildcat puisqu'il avait perdu August de vue, il tomba au contraire sur deux autres Hawk qui firent demi-tour, tandis qu'un troisième se préparait à atterrir, trop loin pour qu'il pût l'attaquer. Un quatrième Hawk survint, réussit à se mettre dans sa queue et
commença à tirer, le touchant à l'aile ; Shields tenta de se dégager, mais le Hawk était plus maniable, et il fut bientôt rejoint par son co-équipier, qui se joignit à l'attaque. Réussissant à semer un de ses adversaires en piqué, Shields se retrouva en bonne position au-dessus de l'autre, et lui envoya une longue rafale ; son propre appareil fut à nouveau touché, mais il put tirer une nouvelle fois sur celui qui était devant lui, l'envoyant au tapis tandis que l'autre rompait précipitamment le combat.

Comme il lui restait encore des munitions, Shields décida d'aller mitrailler un DB-7 qui roulait, mais emporté par son piqué il manqua sa cible et dut faire un second passage ; l'explo­sion du bombardier secoua son Wildcat et Shields s'aperçut alors qu'il avait toujours ses bombes incendiaires sous les ailes ! Il les largua au cours d'un troisième passage, mais un Hawk piqua sur lui, le soleil dans le dos, et arrosa son appareil de balles, section­nant les canalisations de carburant ; son cockpit se remplit de vapeurs d'essence. Trois autres chasseurs se joignirent à la curée, le touchant aux ailes, et finalement une balle mit le feu à son avion ; il sauta alors en parachute, tandis que les Hawk passaient près de lui en battant des ailes. Lorsqu'il arriva à terre, l'infanterie française se mit à lui tirer dessus, ce qui ne l'empêcha pas de voir sortir des hangars trois He 111 et un Ju 52/3 m de la Commission d'Armistice, où s'engouffrèrent de nombreux officiers allemands (ces appareils parvinrent à décoller et à regagner leur base de départ). Comme on tirait toujours sur lui, Shields sortit son pistolet et riposta ; la fusillade s'arrêta alors, et il se rendit. Un officier du GC 11/5 lui déclara plus tard que sur dix-huit chasseurs qui avaient pris l'air, six avaient été abattus, quatre avaient regagné leur base, et huit autres n'étaient pas rentrés à Camp Cazes. Le score du VF-41 s'élevait à trois D-520 et cinq Hawk abattus, plus un probable, et quatorze appareils détruits au sol. Le GC 11/5 reconnut avoir perdu en combat six Hawk abattus et cinq endommagés, ainsi qu'un D-520 détruit dans un accident, tandis que de son côté la 1F avait perdu trois D-520.

Tandis que les formations américaines se dirigeaient vers leurs objectifs, l'arrivée d'avions français qui avaient mitraillé les plages de débarquement autour de Fédala amena l'Amiral Kelly à réclamer une couverture aérienne de celles-ci ; aussi à 07.07 h. huit F4F du VF-41 et huit du VF-'9, l'ensemble sous les ordres du Lt. Wordell du VF-41, décollèrent du « Ranger » pour effec­tuer une patrouille de protection. A 08.25 h. un détachement naval comprenant un croiseur, quatre destroyers et d'autres bâtiments plus petits fut repéré alors qu'il sortait du port de Casablanca et prenait la direction de Fédala. Il fut immédiate­ment attaqué par les chasseurs qui mitraillèrent la colonne d'un bout à l'autre ; les destroyers vinrent alors flanquer les autres navires et tous ouvrirent le feu, tendant un rideau de D.C.A. Malgré cela les chasseurs effectuèrent trois attaques, parvenant à incendier deux bâtiments ; le Wildcat du Lt. Wordell fut touché et il dut gagner la côte, où il se posa en catastrophe dans un champ de blé. Les navires firent demi-tour mais durent encore subir les assauts des SBD, dont l'un fut abattu en mer ; son équipage fut repéché par un navire américain.

Trois autres Wildcat du VF-9 décollèrent à 08.45 h. pour patrouiller dans la région de Fédala et Port-Lyautey, et près de cette dernière ville ils rencontrèrent un bimoteur volant vers le nord, à 1.200 m. d'altitude. Les Wildcat le rattrapèrent et ouvrirent le feu à 1.500 m.' le Lt. Raby toucha le moteur gauche, qui prit feu ; l'Ens. Franger attaqua à son tour, incen­diant le moteur droit, et l'appareil piqua vers la mer et explosa ; identifié comme un LeO 45, il est possible que cet avion ait été en réalité un Potez 63.11 du GR 1/52 ; un appareil de ce type le No 693, piloté par le Cne Grimai avait en effet été envoyé en reconnaissance dans le secteur de Safi, mais on supposait qu'il avait été abattu par la D.C.A. américaine, Grimai et son mitrail­leur arrière s'en tirant avec des blessures légères ; les détails de la perte de ce Potez ne «collent » cependant pas avec le rapport du VF-9, mais d'autre part aucun LeO 451 ne fut abattu en combat dans la zone marocaine ; il existerait bien une troisième explica­tion, plus dramatique, dont il sera fait mention plus tard.

Sept Wildcat du VF-9 décollèrent à 09.45 h. et se diri­gèrent vers Port-Lyautey, où six D-520 de la 1F furent surpris au sol, refaisant leur plein d'essence ; et ils furent tous incen­diés après une série de passes rapides à très basse altitude (les Américains déclarèrent avoir détruit «sept » appareils). La D.C.A. de tout calibre se montra particulièrement intense et le F4F de l'Ens. T.M. Wilhoite fut touché et alla au tapis, tandis qu'un autre pilote était légèrement blessé, mais pouvait regagner son bord. D'autres chasseurs, du Vf-41, mitraillèrent Sidi-Yahia où ils détruisirent encore trois D-520 et trois Martin 167F.

On peut ajouter quelques détails à cette suite de combats acharnés et plutôt confus. Il semble que les SBD du VS-41 aient pris part à plusieurs engagements, et que trois d'entre eux aient été abattus au cours du raid initial sur Camp Cazes et Casablanca. A un moment les SBD furent attaqués par deux Hawk, mais ceux-ci furent repoussés par deux Wildcat qui en abattirent un, cet appareil s'écrasant en flammes sur des bâtiments du port ; l'autre chasseur rompit le combat, atteint à l'empennage ; il s'agit peut-être là d'un des combats auxquels participa le VF-41.

A plusieurs reprises, dans la journée, les bombardiers du « Ranger » furent renforcés par les TBF du «Suwanee » ; c'est ainsi que lorsqu'un TBF et trois SBD furent attaqués par huit chasseurs au-dessus d'une batterie à El Hank, le pilote du TBF, maniant son appareil comme un avion de chasse, réussit à toucher un de ses adversaires avant de leur fausser compagnie. Apercevant des bombardiers français qui se dirigeaient vers la flotte américaine, ce même pilote passa à l'attaque et les força à faire demi-tour. A 10.00 h. le croiseur « Primauguet » tenta une sortie de Casablanca ; il fut aussitôt attaqué par une section de SBD sous les ordres du Lt. Cdr. Embree ; les bombardiers en piqué mirent trois bombes au but, mais le croiseur continua à tirer ; une deuxième attaque fut interceptée par des chasseurs de Vichy, et tandis que les SBD fonçaient quand même à l'attaque, réussissant un impact en plein milieu du croiseur, deux d'entre eux furent abattus ; il s'agissait vraisemblablement d'appareils du «Sangamon».

Il semblerait donc aussi que certains pilotes français aient pris part à plusieurs engagements différents, et que certaines des victoires qu'ils revendiquèrent sur les « Wildcat » (huit par les Hawk et deux par les D-520) aient plutôt concerné des SBD ou TBF incorrectement identifiés. Comme les rapports français sur cette attaque surprise sont plutôt confus, et que les archives de plusieurs unités ont été dispersées et perdues — en particulier celles de l'Aéronavale — certains détails resteront pure conjec­ture.

A 10.00 h. les Martin 167F et les D-520 disponibles de l'Aéronavale se replièrent sur Meknès. A 09.55 h. un DB-7 du GB 11/32 parti d'Agadir avait mitraillé les plages de débarque­ment à Safi et était rentré indemne. A 13.30 h. deux autres appareils de cette unité décollèrent pour une mission de reconnaissance. Vers cette heure-là il y avait d'autres bombar­diers en mission :dix Le0 451 du GB 11/23 et deux DB-7 du GB 1/32, escortés par onze Hawk du GC 1/5, attaquèrent des péniches à l'embouchure de l'Oued Néfifik, tous les appareils regagnant leur base.

Au début de l'après-midi huit F4F du VF-41 qui patrouil­laient au-dessus de la Task Force 34 reçurent l'ordre d'intercepter des chasseurs qui attaquaient des navires de transport devant Fédala ; en arrivant sur les lieux, les Américains ne trouvèrent personne, aussi poussèrent-ils jusqu'au terrain de Camp Cazes où ils surprirent une rangée de DB-7 du GB 1/32 en cours de ravi­taillement. Le Lt. Hammond conduisit ses appareils à l'attaque, et réussit à faire sauter un bombardier.

En repartant, il put voir cinq bombardiers démolis et deux autres qui brûlaient ; il aperçut aussi trois Hawk endom­magés ; plusieurs de ces appareils avaient cependant pu être touchés lors de l'attaque précédente. Le GB 1/32 signala que lors de ce second raid, trois DB-7 avaient explosé, ce qui ne laissait au groupe que trois bombardiers opérationnels.

Le VF-9 effectua deux autres missions, puis à 15.15 h. neuf Wildcat prirent l'air ; quatre d'entre eux, emmenés par le Lt. Cdr. Raby, devaient attaquer des unités navales légères devant Casablanca, tandis que les cinq autres, sous les ordres du Lt. Winters, devaient attaquer la batterie d'El Hank ; chaque F4F emportait deux bombes de 100 livres. La section de Raby largua toutes ses bombes en piquant de 4.200 m., le soleil dans le dos, sur quatre destroyers, dont un fut atteint.

Si les appareils du VF-9 et du VF-41 avaient été constam­ment sur la brèche, les F4F du «Suwanee » et du «Sangamon» avaient pour leur part surtout effectué des patrouilles de protection au-dessus de la Task Force. Au sud, c'était l'Air Group inexpérimenté du « Santee » qui couvrait les débarque­ments secondaires autour de Safi. A l'aube, sept F4F du VGF-29 allèrent patrouiller au-dessus des transports et des péniches ; au cours de cette mission un pilote signala une fuite d'huile... puis ce fut le silence ; il est possible qu'il ait été abattu par un Français. Cinq des six pilotes restants ne purent retrouver le chemin de leur porte-avions ; l'un d'eux se posa en mer et ne fut recueilli que soixante heures plus tard par un destroyer ; les quatre autres se posèrent sur le terrain de Mazagan ou à pro­ximité, et furent tous faits prisonniers par les Français.

Plus tard, une autre section de Wildcat du même porte-avions, à bout de carburant, essaya d'atterrir sur le terrain de Safi ; celui-ci se révéla trop meuble et inégal pour ce type d'appareil, mais cela n'empêcha pas les chasseurs de s'y succé­der... au point qu'on put bientôt y compter neuf épaves de F4F ! Estimant qu'il valait mieux arrêter là les exploits des aviateurs du « Santee », l'Amiral Davidson, Commandant du secteur, confia pour le reste de la journée les missions d'appui tactique aux hydravions de reconnaissance Curtiss SOC du « New-York» et du « Philadelphie ». Un de ces biplans bombarda ultérieure­ment un sous-marin français, le « Méduse », qui s'était échoué près du Cap Blanco. Pour couronner les piètres résultats de cette journée, un avion du «Santee » crut bon de bombarder, sans en avoir reçu l'ordre, le terrain de Marrakech, ce qui allait raviver l'esprit de résistance des Français pour le lendemain.

L'Armée de l'Air essayait à présent de se regrouper, après les lourdes pertes qu'elle avait subies, surtout en appareils détruits au sol ; au cours de l'après-midi le GB 1/32 reçut deux DB-7 en provenance de Gabès pour compenser en partie ses pertes, puis se replia sur Médiouna où il retrouva les Hawk et les D-520 rescapés du GC 11/5. Le GR 1/22 retrouva un effectif à peu près opérationnel, récupérant quatre Le0 451 à Fez et quatre Martin 167F à Rabat, ces appareils rejoignant l'unité à Oued Zem, sa nouvelle base. La dernière mission de la journée fut entreprise à 18.30 h. par un DB-7 du GB 11/32 qui survola le secteur Agadir-Mogador. Dans la soirée le GC 11/5 fit à nouveau mouvement sur Meknès, où se trouvait déjà la 1F.

La chasse française avait effectué au moins cinq attaques des plages de débarquement au cours de la journée, et pendant l'une d'elles, juste après midi, un SBD aperçut un D-520 et voulut l'intercepter, mais arriva trop tard sur les lieux. Pendant le combat au-dessus de Camp Cazes en début de matinée, les pilotes de Wildcat remarquèrent un Spitf ire rose saumon, appar­tenant très probablement au Squadron 544 de reconnaissance-photo basé à Gibraltar, qui traversait la mêlée comme si de rien n'était I

Lors des rencontres initiales, de nombreux pilotes fran­çais avaient hésité à tirer sur des avions « alliés », et selon les Américains, ils s'étaient montrés « peu agressifs, mais "compé­tents" » ; leur tactique avait été jugée très « première guerre mondiale ». Les prisonniers découvrirent que les Français qui les gardaient s'étonnaient d'avoir été attaqués par des Américains plutôt que par des Anglais, et plusieurs leur demandèrent même pourquoi l'Amérique aidait l'Angleterre dans ses ambitions « impérialistes »... Les prisonniers américains retrouvèrent d'ail­leurs en captivité un certain nombre d'aviateurs britanniques qui avaient été abattus à diverses époques ; quelques-uns étaient internés depuis plusieurs mois, mais gardaient un moral et une bonne humeur qui étonnèrent les Américains, compte tenu des conditions rudimentaires de leur détention.

Pendant la matinée quatre Hudson du 233 Coastal Squadron avaient décollé de Gibraltar, respectivement à 06.22 h, 06.35 h., 09.45 h. et 10.41 h. pour effectuer des patrouilles anti-sous-marines au large de Casablanca... mais aucun de ces appareils ne regagna sa base ; on ignore encore les circonstances de leur disparition, à moins de l'imputer à de mauvaises condi­tions atmosphériques. Mais on ne peut écarter l'hypothèse selon laquelle l'un d'entre eux, pris pour un Le0 451, aurait été victime du VF-9... Ces deux bimoteurs présentant en effet une certaine ressemblance...

X. CASABLANCA, LUNDI 9 NOVEMBRE 1942.

Le 9, les combats reprirent de plus belle, tant à terre que dans les airs. A 06.30 h. deux DB-7 du GB 11/32 décollèrent d'Agadir pour bombarder Safi, l'un d'eux faisant demi-tour par suite d'ennuis de moteurs ; le second largua son chargement de bombes sur le navire « Petite Darse », mais fut abattu par la D.C.A. du « Lakeshurst » et d'autres transports. Une heure plus tard dix Le0 451 du GB 11/32 avec trois DB-7 du GB 1/32 et deux Martin 167F de l'Escadrille 2B de la 3F décollèrent pour un nouveau raid contre les péniches de débarquement à l'embou­chure de l'Oued Nefifik entre Fedala et Pont-Blondin ; ils étaient escortés par seize Hawk du GC 1/5: Après un bombardement à haute altitude sans résultats appréciables, la formation regagnait sa base lorsque l'escorte fut repérée par huit Wildcat du VF-9 qui patrouillaient au-dessus des forces américaines dans la région de Fedala ; les F4F avaient l'avantage de l'altitude, car ils se trou­vaient entre 300 et 700 m. plus haut que leurs adversaires, et profitant des bancs de nuages assez épais ce jour-là, ils purent arriver à bonne portée sans être découverts ; le Lt. Cdr. Raby attaqua le chef de la deuxième section de huit, et réussit quelques impacts, mais le Hawk se réfugia dans les nuages ; Raby traversa ceux-ci à son tour et aperçut un avion en plein devant, il tira et le Hawk explosa.

Une mêlée tournoyante commença alors ; les Ens. M.J. Franger et Martin attaquèrent de front un Hawk qui prit feu et fut attribué à Franger ; le Lt. K.C. Childers partit en vrille serrée pour se débarrasser d'un Hawk, redressa à 300 m., et commençant à tirer pendant son virage vit son poursuivant s'inscrire dans son viseur et aller s'écraser au sol. Trois Français attaquèrent la seconde section de Wildcat ; l'Ens. L.A. Ménard dégagea et se retrouvant au-dessus du dernier des trois, ouvrit le feu et atteignit l'appareil dans la région du cockpit et vers la queue ; des morceaux se détachèrent du Hawk, qui prit feu et piqua vers le sol. Le Lt. (jg) H.E. Vita tira dans le ventre d 'un Hawk qui sortait d'un nuage ; le Hawk prit feu et disparut à nouveau dans les nuages ; il fut considéré comme détruit, ce qui porta le total des victoires du VF-9 à cinq appareils détruits et quatre endommagés.

En fait quatre Hawk tombèrent en flammes dans le secteur de Boulhat, entraînant la mort des Lts Le Blanc et Le Calvez, tandis que l'A/C Tesserand était blessé. L'Ens. Gerhardt arriva au point de ralliement après le combat ; on le vit basculer à 2.000 m. d'altitude, le côté droit de son Wildcat couvert d'huile, puis se poser en mer, où un destroyer le recueillit sain et sauf. L'Adj. Bressieux du GC 1/5 déclara avoir abattu un F4F au cours de cet engagement, et il s'agit très probablement de celui de Gerhardt. Parmi les bombardiers, un seul Le0 451 fut touché à l'aile par la D.C.A., mais tous ces appareils regagnèrent leur base.

Pendant la matinée le GC 11/5 passa à nouveau à l'action, mais ce fut pour la dernière fois ; le commandement du Groupe avait été confié au Cne Marin La Meslée, et six Hawk allèrent mitrailler des péniches près de Bouzkika. A 12.00 h. treize Wildcat décollèrent à nouveau, cette fois pour attaquer le terrain de Médiouna, où l'on avait signalé quinze chasseurs devant les hangars et six ou sept DB-7 dispersés aux alentours ; plusieurs attaques furent effectuées malgré une forte D.C.A., et tous les appareils au sol furent détruits. Au cours de sa quatrième ou cinquième passe l'appareil du Lt. Edward Micka fut atteint et s'écrasa en flammes ; le Lt. Hadden fut blessé à la jambe, et le Wildcat de l'Ens. Franger reçut un projectile dans le pare-brise. Le GC II/5 perdit cinq Hawk et six D-520 pendant ce raid, tandis que trois DB-7 du GB II/32 explosaient et que les deux derniers DB-7 du GB 1/32 étaient incendiés. Le GC II/5, à qui il ne restait plus que sept avions, se replia sur Sidi Tahal, et les rescapés du GB 11/32 partirent pour Ben Querir.

Neuf Wildcat du VF-9 décollèrent à 14.55 h. pour mitrailler des camions et un tank près de Port-Lyautey ; la D.C.A. entra en action et le Lt. (jg) Stanton M. Amesbury, dernier de la formation, disparut au cours du dernier passage, sans que personne le vît tomber. Le VF-41 effectua également des mitraillages, en particulier contre un convoi de cinquante camions qui amenaient des renforts à Casablanca ; six véhicules furent incendiés, huit envoyés au fossé et tous les autres, ou presque, endommagés ; des batteries anti-aériennes furent égale­ment attaquées. Dans le même secteur les bombardiers en piqué détruisirent un certain nombre de véhicules blindés.

A 17.35 h. le «Santee» envoya tous ses appareils attaquer la base de Marrakech ; en chemin la formation repéra une colonne de camions qui transportaient des troupes françaises vers Safi, et trois Wildcat se détachèrent pour les mitrailler; les pilotes estimèrent avoir détruit douze des quatorze véhicules du convoi, mais un observateur de l'Armée française fit savoir ultérieurement qu'aucun de ceux-ci n'avait été sérieusement touché, les camions s'étant tout simplement dispersés. Cette colonne reprit sa route et poussa jusqu'à Bou Guedra, à une trentaine de kilomètres de Safi, mais se heurtant à des éléments de la 2ème Division Blindée Américaine, elle fit demi-tour.

De son côté la formation du « Santee » continua vers Marrakech où elle revendiqua la destruction au sol de quinze appareils... Il n'y eut en réalité qu'un seul DB-7 touché et incen­dié. Un appareil de cette base put d'ailleurs décoller vingt-cinq minutes plus tard et effectuer une reconnaissance tardive au-dessus d'Agadir et Mogador. Les avions du « Santee » regagnèrent leur porte-avions, mitraillant au passage un autre convoi de quarante camions.

Au cours de la journée on avait signalé à plusieurs reprises un « Chasseur Fantôme », appareil isolé qui avait mitraillé les plages à Fédala et des navires de transport au large ; on avait apparemment reconnu un Messerschmitt Bf 109 entièrement peint en noir mat. Finalement on repéra un appareil volant à basse altitude dans le secteur suspect, et il fut intercepté par deux Wildcat qui se lancèrent à sa poursuite. Le plus proche ouvrit le feu et le manqua, le Lt. Wood tira alors de 150 m. et le chasseur fantôme se désintégra ; Wood dégagea immédiatement, mais fut néanmoins couvert par l'huile de sa victime. Les rapports français ne signalent aucune perte pouvant correspondre à cet incident, et on ne trouve pas davantage de mention de Bf 109 opérant dans cette région... Mais on sait qu'un Spitfire non armé de reconnaissance-photo, appartenant au Squadron 544 basé à Gibraltar et piloté par le FI. Lt. C.A. Brennan, qui effectuait une sortie au-dessus de Casablanca et de Marrakech, fut porté disparu, et il est à craindre que ce ne soit cet appareil qui fut abattu par le Wildcat.

Dans la soirée un Le0 451 du GB II/23 attaqua les plages à Fédala, et un DB-7 du GB 1/32 lança quatre bombes sur le croiseur USS « Brooklyn », mais le manqua ; il fut alors abattu par la D.C.A. du bâtiment. Un pilote du VF-9, le Lt. George N. Trumpeter, détaché à bord du « Santee », fut tué au cours d'une mission près de Casablanca, mais on ignore dans quelles conditions.

XI. CASABLANCA, MARDI 10 NOVEMBRE 1942

Le gros des unités françaises survivantes se trouvait à présent regroupé à Meknès, où s'étaient également repliés des bombardiers de la région d'Oran. L'Aéronavale y était représen­tée en force, et au matin du 10 la 1F alignait dix D-520, après
avoir reçu deux Dewoitine du GC 11/5, tandis que la 3F dispo­sait de six Martin 167F, soit quatre bombardiers et deux appa­reils de reconnaissance. A 05.45 h. deux D-520 prirent l'air pour observer le secteur Casablanca-Fédala, mais à 06.15 h. celui du Lt. de V. Du Merle fut touché — apparemment par la D.C.A., et fit un atterrissage forcé dans un champ à 8 km. de Casablanca ; Du Merle regagna ses lignes à pied. Le second D-520 fut égale­ment touché mais put rentrer se poser à Tif let malgré des dégâts sérieux.

Pendant toute la matinée des sections de Wildcat du VF-9 apportèrent leur appui aux forces qui avançaient dans le secteur de Fédala, effectuant plusieurs mitraillages au sol. Les Potez 63.11 du GR 1/52 se montrèrent très actifs dans le secteur de Safi ; après avoir été embourbés à Chichaoua à la suite des grosses pluies du 8, ils purent accomplir de nombreuses missions de reconnaissance. Au cours de l'une d'elles, le Lt. Serralla fut atteint par la D.C.A., puis attaqué par des F4F du VGF-29 ; achevé par l'Ens. Jacques, le Potez s'écrasa, tuant son pilote, tandis que les autres membres de l'équipage étaient blessés

A 07.45 h. le GB II/32 envoya un DB-7 observer une nouvelle fois le secteur Agadir-Mogador, mais dans l'après-midi tous les appareils disponibles de cette unité se replièrent sur Oued Zem. Dans le courant de la matinée les SBD du «Ranger» avaient bombardé et mis hors de combat une batterie anti­aérienne à Ain Sebaa, et plus tard les Wildcat du VF-41 effectuèrent des mitraillages, le Lt. (j) Houston et l'Ens. «Bus» Craig revendiquant deux chasseurs détruits au sol. Il est possible que leur objectif ait été Chichaoua, où l'on signala la destruction, par des chasseurs, de quatre Potez 63.11 et d'un appareil de liaison Hanriot H-182 appartenant au GR 1/52 incendiés à 16.45 h.

Le cuirassé « Jean-Bart » tirait de l'intérieur du port de Casablanca sur le croiseur « Augusta », et ce dernier demanda l'intervention de l'aviation. A 14.20 h. huit F4F du VF-9 com­mandés par le Lt. Cdr. Raby décollèrent en direction de Casa­blanca et, accompagnés par d'autres Wildcat appartenant au V F-41, attaquèrent le cuirassé et les postes de D.C.A. sur les jetées environnantes. Ils se heurtèrent à une défense anti­aérienne intense, et le F4F de l'Ens. Franger fut endommagé. Aux chasseurs succédèrent neuf SBD du VS-41 commandés par le Lt. Cdr. Embree et porteurs de bombes de 1.000 livres. Deux de ces bombes atteignirent l'objectif et ouvrirent une large déchirure dans la coque du bâtiment, qui cessa bientôt le feu définitivement. Tout de suite après, sept SBD du VS-41 s'en prirent à la batterie d'El Hank avec des bombes de 500 livres, atteignant divers bâtiments et installations.

Le VF-9 était à nouveau en l'air à 16.20 h., cinq de ses Wildcat emmenés par le Lt. Winters allant attaquer au nord du port deux destroyers qu'ils mitraillèrent copieusement.

C'est ce jour-là que furent catapultés du «Chenango» les premiers P-40F du 33rd Fighter Group ; mais Port-Lyautey où ils devaient se poser était en piteux état à la suite des bombar­dements aériens et terrestres, et après que trois appareils du 58th Fighter Squadron eurent été accidentés à l'atterrissage, on décida de suspendre l'opération.

Le catapultage reprit le 12, cette fois à destination de Camp Cazes. Sur soixante-dix-sept P-40 ainsi catapultés, on compta un avion posé en mer, un autre disparu dans le brouillard, et dix-sept accidentés à l'atterrissage ; aucun n'effectua de mission. Le 13, trente-cinq autres P-40 arrivèrent à bord du porte-avions britannique « Archer », en remplacement des pertes envisagées dès le début de l'opération ; ils furent également catapultés et allèrent se poser à Port-Lyautey, où quatre d'entre eux s'écrasèrent à l'atterrissage.

Dans la journée du 10, les forces françaises reprirent leur avance sur Bou Guedra mais furent arrêtées et dispersées par les appareils du « Santee ». Un TBF, dont le pilote avait moins de trois heures de vol sur ce type d'appareil, fut abattu par la D.C.A. au cours de ces attaques.

XII. CASABLANCA, MERCREDI 11 NOVEMBRE 1942

Ce jour-là les éléments débarqués à Safi et appuyés par des chars Sherman étaient finalement arrivés à Mazagan et se préparaient à lancer une offensive conjuguée avec les forces du secteur de Fédala lorsqu'en début de matinée le Général Noguès, commandant en chef des forces françaises, offrit sa reddition, mettant fin à de très durs combats qui se déroulaient en parti­culier autour de Mehdia, où la Légion Etrangère résistait avec acharnement. A 08.25 h., alors que l'on s'était mis d'accord sur les termes de l'armistice, un SBD et un F4F, ce dernier piloté par le Lt. Brink Bass, faisant fonction de commandant du VGF-29 à bord du « Santee », effectuèrent un raid de mitraillage sur le terrain de Marrakech, déclarant y avoir détruit treize appareils. En fait, ils ne détruisirent que trois Potez 63.11 du GR 1/52 qui étaient arrivés la veille de Chichaoua. Les Américains recon‑
nurent par la suite que cette attaque avait été effectuée par erreur.

Dans la journée le GC II/5 fit mouvement sur Fez.

XIII. ORAN ET CASABLANCA, JEUDI 12 et VENDREDI 13 NOVEMBRE 1942.

Le 12 le GC 11/5 revint dans le secteur de Casablanca, et à Oran le Spitfire du 31st Fighter Group furent mis en deuxième ligne. L -lendemain les accords définitifs furent conclus entre les deux parties, et une coopération effective put commencer. Pour y parvenir, le Général Eisenhower avait accepté que l'Amiral Dârian devienne Haut Commissaire e1 Commandant en Chef des Forces Navales Françaises, tandis que le Général Henri Giraud, à qui les Alliés avaient envisagé de remettre les pleins pouvoirs, était nommé Commandant des Forces Terrestres et Aériennes. Comme il faut s'en douter, la nomination de Darlan, vichyssois et anglophobe, souleva de violentes critiques et protes­tations, tant en Amérique qu'en Angleterre. C'était pourtant une solution de compromis qui mettait rapidement fin à une lutte fratricide et laissait aux Alliés les mains libres pour pousser vers l'Est, avec la collaboration agissante des Français.

LES PERTES FRANÇAISES


En combat

Au sol

Accidentés

Endommagés

 

 

 

C.C.    1/5
3
5
G.C.   11/5
9
11
1
G.C. 111/3

6

12

Flot. 1F

4

 

 

3
G.B.  1/11

1

 

1

1
G.B.       1/19

1

 

 

G.B. 11/23

 

 

 

1
G.B.       1/32

 

13

 

2
G.B.          11/32

1

1

2

G.B.         11/61

 

 

 

1
Flot. 3F

4

3

 

2
Flot. 4F

 

2

 

1
G.R.  1/22

 

10

 

1
G.R.   1/52

2

9

 

1
G.R.    11/52

1

4

1

2
G.T.   1/15

 

19

 

1
G.T.   11/15

 

1

 

?
G.T. 111/15

 

3

 

?
CHASSE

22

28

1

3
BOMBARDEMENT

7

19

3

8
RECONNAISSANCE

3

23

1

4
TRANSPORT

23

 

?
TOTAUX

32

93

5

?

 

 

 

 

 

Ce texte est issu d'AeroJournal (1ere version, édition, 1975) n°13. CHRISTIAN-JACQUES EH RENGARDT Traduction : R. MAGNANI.

 


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